L’Eveil

 

Introduction

Cette première approche tient surtout du collage. Elle se présente comme une suite d’échos glanés chez divers auteurs, un faisceau de figures et de scènes aux ressemblances parfois troublantes, chez d’autres à peine perceptibles. Il s’agit, dans un premier temps de repérer l’instant initial de divers récits mystiques ou mythes gnostiques. Ensuite, d’en extraire les éléments symboliques essentiels afin de dresser le portrait de l’Eveil. Et enfin, de rechercher ces éléments dans les textes romantiques et surréalistes.

 

La Gnose antique

(Voir aussi: Gnose, naissance du mythe)

La Gnose antique, ou gnosticisme, n’est pas une pensée cohérente, expression d’un groupe historiquement repérable. Sous le terme de Gnose ont été réunis des textes et auteurs, appartenant à la période qui va des temps hellénistiques à la fin de l’Empire romain. Tous partagent à peu près une même vision du monde, exprimée entre autres par des mythes, très divers, mais dont la structure est relativement semblable.

On peut donc tenter, pour appréhender cet ensemble mouvant, de reconstruire sur base de leurs traits communs un mythe « type », nourri des variantes essentielles.

Dans ce récit reconstruit, le choix de l’instant initial dépend du regard porté sur la Gnose et aboutit à trois récits composés des mêmes épisodes, mais dont la succession et les rapports diffèrent.

D’un point de vue chronologique et logique, mettant l’accent sur l’ambition métaphysique de la Gnose, d’expliquer, ou plutôt de raconter, les origines du monde, l’histoire commence aux temps de l’Unité, où l’Un absolu est sans ombre ni partage. Le premier événement est la faute d’une part inférieure de l’Un, ou l’intrusion du mal. De cet événement découle la Chute aboutissant à la création du monde par le faux Dieu. Dans ce monde est enfermé, endormie une part séparée du divin. C’est l’âme des élus, des gnostiques, qu’un envoyé de l’Un vient éveiller, et qui va remonter vers ses origines, et par la réintégration dans l’unité aboutir au salut.

Si, d’un point de vue extérieur, on cherche à comprendre l’origine et le sens de la Gnose, on mettra l’accent sur la prise de conscience du Mal dans le monde, et l’inacceptable incompréhension de cette présence. Alors, tout commence par les cris de douleurs du gnostique, et sa révolte contre l’univers. Il cherche à comprendre comment il est devenu ce prisonnier qu’il se sent être, et ainsi naît le récit de la Chute, puis il cherche à sortir de la prison, et entame le Retour.

Enfin, et c’est ce qui nous importe ici, si l’on se place du point de vue du gnostique, cherchant à savoir comment ce mythe peut être vécu, et non pas seulement raconté, expliqué ou ressenti, il faut commencer par l’Eveil, l’instant subit où l’Envoyé se présente au gnostique, où le mythe se retourne, instant miroir entre la Chute et le Retour..

« Un appel retentit sur le monde entier, la splendeur s’éloigna de toute cité. Manda d’Hayye se révéla lui-même à tous les enfants des hommes et les sauva de l’obscurité vers la lumière. »

« C’est l’appel de Manda d’Hayye. Il se tient à l’orée des mondes et appelle son élu » « Aux seuils des univers se tenait la Vérité, qui lança une question au sein du monde » (Extraits des textes sacrés mandéens)

Ce que nous raconte la plupart des récits gnostiques, c’est l’arrivée de l’Envoyé, fréquemment appelé l’Etranger, dont l’appel éveille le gnostique, jusqu’alors endormi par quelque maléfice du Créateur. Cel dernier, faux Dieu ignorant ou trompeur, figure du Mal, a créé l’Univers, la matière, pour y enclore la part de l’Un qui, suite à une faute survenue au sein de l’Unité absolue et originelle, en est tombée, et qui gît, prisonnière et amnésique, au sein de l’esprit des élus, des gnostiques.

Cet absolu, que les mythes gnostiques désignent comme l’Un, le Père, la Vie ou l’Homme, a envoyé au sein des mondes, où il erre, étranger, prisonnier parfois, un ange, un fils, un message, une part de lui-même, qui doit venir rappeler au gnostique sa véritable origine, pour l’inviter à revenir au sein de l’Unité première, la restaurant ainsi dans sa plénitude, accédant ainsi à son propre salut, comme au salut de l’Un lui-même, et renvoyant le Mal au néant.

«Tel un messager était la lettre que le Roi avait scellé de sa main droite… Elle s’éleva sous la forme d’un aigle et vola jusqu’à s’illuminer à mes côtés, et devint verbe. Au son de sa voix, je me réveillai, et sortis de ma torpeur. Je la pris, l’embrassai, brisai son sceau et lus. Tel ce qui était inscrit en mon cœur se lisaient les mots de la lettre. Je me rappelai que j’étais fils de roi, et que mon âme née libre désirait son rang. » (Hymne de la Perle)