Parcouru à l'ancienne, un chemin en sept stations:

1. L'éveil: lorsque survient le Messager, que le ciel de la condition humaine se déchire ; instant de la Révélation énigmatique qui ouvre une brèche dans la conscience de l’être et constitue l’impulsion initiale du récit. Rencontrer du Messager, de l’Etranger qui révèle à l’être qu’il est lui aussi étranger au monde, que sa patrie est Ailleurs.

2. L’âge d’or : l’Age d'or et de la Chute: première forme du récit, première remontée vers la Patrie symbolique, intérieure, et en même temps première prise de conscience du mouvement inverse, cause de son statut d’étranger. Sous le voile de la nostalgie se révèle les traits de la Patrie de l’être, son Idéal. 

3. La prison: en négatif de cette image de l’âge d’or, et comme résultant de la conception de la chute, se forme l’image d’un monde-prison, prise de conscience des murs, des chaînes de la condition humaine. La tension entre cette prise de conscience et l’appel nostalgique de l’âge d’or crée le divorce, la faille entre l’être et sa condition. Le monde est sa fausse patrie.

4. L'exil : Puisque Patrie est Ailleurs il faut quitter ce monde, se défaire des habits de prisonniers. C'est le temps de la sortie du monde, du soi ancien d’avant l’éveil. C’est le passage par le désert,  l’arrachement du sol.

5. La quête : le voyage proprement dit, voyage de retour où interviennent les compagnons, où le Maître initie sans montrer, où il faut affronter des épreuves, soulever tout à tour les voiles de la conscience.

6. Le seuil : le moment du passage, la rencontre du double, de l'Aimé, du vêtement de lumière

7. L'union : le salut, la réintégration de l'unité fondamentale, la beauté.

 

Bon. C'est la version à l'ancienne, c'est aussi la version des prêtres. Pas la version moderne. Là, les stations  ne restent plus sagement à leur place, dans une élévation progressive menant à l'Union mystique. Déjà, c'est pas cohérent avec le gnosticisme antique, où l'élévation est immédiate et brutale.

Il y a toujours sept étapes dans mon schéma, pas de raisons de changer, mais plus d'ordre. Enfin on peut en ajouter une huitième: en découvrant Vladimir Propp, (Merci, Mme K) je me suis dis que j'oubliais le retour, après, pour la bonne parole. Chez moi, la bonne parole, c'est par mail d'abord. Mais la huitième, c'est déjà la première (pas vrai, G-rare?): l'appel.

 

Les sept stations du voyage initiatique

L'éveil: L'appel, plutôt. Tu traînes, tu es à l'écart, on t'aborde (tu n'abordes pas!) On te livre des énigmes dépourvues de sens. ou pas.

L'âge d'or: mauvais intitulé. La nostalgie. On regarde vers le passé, librement, sans attache, on rêvasse, on se  retourne: conversion. On regarde à présent vers l'avant. La nostalgie se fait désir.

La prison: la colère plutôt. Plein d'exemples ici, mais forcément surtout là. Le temps de réduire le perroquet en cendres.

L'exil: Peu après une permission, je désertai. Lancelo. Ma qualité préférée chez l'homme: la fuite. ça date, ça. J'ai de la suite dans les idées.

La quête: le, les voyages. No hay caminas hay que caminar, comme disait l'autre en allant au champ de l'étoile (j'ai déjà parlé de champ d'honneur, non?)

Le seuil. Rien à dire. C'est là qu'a chu l'Ange. Pas par rebellion, par fascination de son image dans le miroir. Je est un autre, comme disait le sonneur de clairon.

Le salut: en version moderne, pas de salut, la plaie ne se referme pas. C'est même d'elle que s'écoule le fleuve sacré. Elle le sait, Kundry, dans "Le Roi Pêcheur"....