aime_cesaire

Aimé Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France (Martinique), est un écrivain et homme politique français, à la fois poète, dramaturge, essayiste, et biographe.

Poétique

Au loin le seigneur-vigie feu de brousse sexe levé au bout du petit matin

C'est à toi que je pense, en cette aube d'argile, cette aube de grand vent, de grandes enjambées, toi vigie imputrescible phare turgescent perçant le ciel de la houe de tes mots de la houe de tes reins de la houe de tes chants de mémoires sans retour.

Toi, Aimé, toi Césaire, seigneur: pour ta colère pululante, vieil aède au regard scellé, regard de petit enfant maigre, de petit enfant blême, blême de cette peau muette, de ce linceul sans siècle, de ce labyrinthe de cornes, de cette aube sans nuit, de cette aube qui dégurgite ta voix livide de mangonneau éructant de cris grégeois vers les lentes paleurs blanches du grand large, vers les lentes paleurs blanches lacérées des traînées rouges du sang nègre, les lentes traînées rouges ouvertes précipices sous les pas endormis des sentinelles blanches, ta voix incendiaire des marées, des nuits si longues qu'on y perd ses cris.

Pour tes maladies de peau, ton érysipèle dans la gorge qui fait tonner ton sang, tes mots s'écouler lave dans les champs de coton du verbe blanc, ta lyre nécrophante brisée s'embarquant esclave sur le nautile négrier de l'usage, revenant aède guerrier flamboyant dans les savanes boueuses de Basse-Pointe, dans les savanes boueuses des jambes ouvrières des jambes maternelles au bout du petit matin.

C'est à toi que je pense, à tes cris-sagaie à longue portée, à ta colère-étendard si haute qu'elle brille encore en cette nuit de grande échappée belle, c'est elle étoile rouge que je fais boussole de ce voyage de mots, de rencontres et de signes, elle seule peut me guider là d'où nul esquif de sang blanc ne pourra me ramener à terre, en ce voyage sans retour vers mon pays natal, vers la bouche d'ombre d'où nous sortîmes un soir de grande beuverie aveugle de grandes vomissures un soir dont je n'ai nul souvenir un soir qui ne fut peut-être pas.

Pierre Charp

 

Oeuvres

Poésie :

1939 Cahier d'un retour au pays natal, Présence africaine, Paris, 1956.

1946 Les Armes miraculeuses, Gallimard, Paris, 1970

1947 Soleil cou coupé, Éditions K., Paris, 1948

1950 Corps perdu (gravures de Picasso), Éditions Fragrance, Paris, 1950

1960 Ferrements, Seuil, Paris, 1960, 1991

1961 Cadastre, Seuil, Paris, 1961

1982 Moi, laminaire, Seuil, Paris, 1982



Théâtre :

1958 Et les chiens se taisaient, Présence africaine, Paris, 1958, 1997

1963 La Tragédie du roi Christophe, Présence africaine, Paris, 1963, 1993

1966 Une saison au Congo, Seuil, Paris, 1966, 2001

1969 Une Tempête, d'après La Tempête de William Shakespeare : adaptation pour un théâtre nègre, Seuil, Paris, 1969, 1997



Essais :

1950 Discours sur le colonialisme, éditions Réclame, Paris, 1950 ; éditions Présence africaine, 1955

1962 Toussaint Louverture, La révolution Française et le problème colonial, Présence africaine, Paris