Comme le romantisme avec les contes, le surréalisme s'est employé à revaloriser des formes d'art dites "populaires' ou vues comme inférieures par certains artistes, critiques d'art et autres autorités académiques; Ce fut particulièrement le cas du groupe de Chicago, entre autres à propos de la bande dessinée "Pogo"

Cet intérêt pour la poésie, l'imagination populaire, les formes plus directes d'expression, est une constante du phénix

L'origine vraisemblable de la gnose antique est le milieu des artisans.

Ibn Arabi considère que la foi populaire est plus proche de la vraie connaissance que la foi des théologiens. Et Ibn Arabi est le plus modéré - ou prudent- des gnostiques mystiques de l'Islam médiéval, qui n'ont que mépris pour la vision intellectuelle de la religion, voire opposent foi et gnose à la religion, qui est fausse connaissance.

Chez les romantiques, le cas le plus net concerne l'intérêt des frères Grimm pour les contes, ou l'intérêt général pour l'identité culturelle des peuples

Chez les surréalistes, on notera l'intérêt pour l'art naïf, l'art des fous ou, pour revenir au groupe de Chicago, le blues.

Chacun de ces domaines nécessite une approche différente, mais on notera le point commun: l'opposition entre artistes et intellectuels. Quasiment une opposition de classe, qui rappelle l'origine des uns et des autres: les artisans et les prêtres.

Sur Révolte et mélancolie,de M. Lowy et R. Sayre

L'une des pires études sur le romantisme, mélangeant dans une grande mélasse écolo radicale tout ce que les auteurs parviennent à rattacher à une définition attrape-tout du romantisme.

Et M.L. récidive : Le romantisme doit être conçu comme une vision du monde – au sens du concept de Weltanschauung - dont la caractéristique quintessentielle est la protestation culturelle contre la civilisation capitaliste occidentale moderne au nom de certaines valeurs du passé" http://blogs.mediapart.fr/.../rousseau-et-le-romantisme

Voilà ainsi Péret et la théologie de la libération, Bloch et Rousseau, Sismondi et Stravinski, Marcuse et Péguy, enrôlés avec le groupe surréaliste de Paris dans le même agenda politique: diluer la LCR (NPA) dans une enième recherche d'une nouvelle avant-garde,,. Tentative qui, comme d'habitude, échoua.

Parmi les erreurs des auteurs: appliquer une grille politique actuelle à un mouvement poétique du XVIII-XIXe. Donc, Novalis, avec "L'Europe ou la Chrétienté", ouvrage utopique, déconnecté de la réalité politique, mais magistral pourtant, est rangé dans les formes "réactionnaires" du romantisme

Mélanger Rousseau et romantisme est excusable et fréquent. Mais cela n'aide pas à comprendre toute la force et la nouveauté de l'apport du cercle d'Iéna, véritable fondateur du romantisme, fondation qui gêne les auteurs et que leur vision confusionnelle renvoie dans l'ombre

Vouloir liquider d'un coup ce qui pouvait rester d'attachement au marxisme dans la LCR, de radicalité poétique dans le groupe surr de Paris et masquer la nouveauté radicale, en son temps, du romantisme né à Iéna, voilà le tour de force que tentèrent, en vain, les auteurs.

L'avantage de tout mélanger (et j'ai oublié, par ex, Ruskin, Tolkien et Ellul!), c'est que l'on peut rester superficiel et picorer ce que l'on veut pour illustrer la thèse préalable sous-jacente: l'écologie radicale est un courant aux racines profondes, qui intègre toutes les critiques de la modernité bourgeoise non marxistes (dont surréalistes). L'union entre le marxisme (vu par M.L, soit la version soft et nébuleuse de la LCR-NPA) et ce courant en ferait un instrument fondamental de la transformation révolutionnaire de la société (en contournant le caractère prioritaire des luttes ouvrières, pas très sensibles au romantisme). Le texte date de 92. Son efficacité est indéniable. M. Lowy a reçu en 94 la médaille d'argent du CNRS.

C'est d'autant plus lamentable que M.L (l'autre auteur, je ne connais pas) a consacré, selon Wikipédia, 15 années de sa vie à Walter Benjamin, lequel, entre autres dans sa remarquable étude sur "Le concept de critique ésthétique" s'évertue de souligner la grande l'originalité et l'apport spécifique du groupe d'Iéna, en particulier F. Schlegel et Novalis.

Ce livre est donc un cas extrême, mais intéressant car il regoupe toutes approximations et erreurs les plus communes concernant le romantisme: 1sous-estimation du rôle fondateur du groupe d'Iéna; 

2 incapacité à saisir la différence radicale entre "préromantisme" Rousseau, Schiller, Goethe, Byron, Chateaubriand, etc et romantisme, ni par conséquent l'incohérence fondamentale du premier "romantisme français" qui n'a pas rompu le cordon ombilical

3 Caractériser le romantisme comme réactionnaire ou pré-écolo à cause de ses références au passé, sans remarquer la dimension créatrice de ces références, absente dans les visions écologiques et réactionnaires.

4 Appliquer des grilles de lecture contemporaines à un mouvement clairement daté, et mettre l'accent sur sa critique sociale et politique, tout à fait secondaire, par rapport à son effort de critique de la connaissance, comme le souligne Walter Benjamin.

5 C'est ce dernier point qui est essentiel: les romantiques d'Iéna développent une connaissance poétique du monde, une forme moderne de la conscience imaginaire, qui avant eux ne s'était exprimé que dans le cadre de la gnose mystique monothéiste, alors qu'il font de l'art, du roman surtout puisque c'est de là que vient le nom, le cœur même de cette conscience