L'histoire des sociétés humaines peut se décrire en six stades, (ou équilibres dynamiques, ou cycles-limites, ou attracteurs étranges, voir lexique)

 

1er stade:

Les groupes de chasseurs-cueilleurs (environ 19/20e de l'histoire humaine, de  - 200 000 à -8 000, voire jusqu'à nos jours, très exceptionnellement)

 

Mode de production: Moyens: chasse, cueillette, pêche. Surplus: faible, solidarité du groupe (anciens, enfants) consommation immédiate (sauf lors de l'apparition de travailleurs spécialisés, prêtres (savant, médecins, tailleurs de silex); permet l'accès à un statut plus élevé

 

Structure sociale: très évolutive, très variée, aboutissant à des systèmes très complexes. Pas de classes. Division du travail selon sexe. Pouvoir politique très réduit, élitiste (uniquement les hommes, critères de parenté, d'âge, de statut)

 

Culture: mythes et rituels

 

Cycles sociaux: très liés au cycles saisonniers, au semi-nomadisme, aux variations du milieu. Ces sociétés sont très adaptatives, d'où leur variété.

 

Équilibre et attraction: très équilibré. Faible force d'attraction.

 

Accroissement et expansion: rare. L'expansion se fait par la division du groupe: un autre groupe issu d'un conflit, ou d'un choix  face à une situation de crise alimentaire, s'éloigne du 1er. C'est vraisemblablement le moteur de la lente conquête des autres continents à partir de l'Afrique.

 

Évolution interne vers le 2e stade: l'exploitation accrue des ressources locales (évolution technique, accumulation des savoirs) conduit à la sédentarisation.

 

2e stade:

Les villages agricoles  et groupes d'éleveurs (apparus vers - 8000, jusqu'à nos jours en forte périphérie : concerne la plupart des sociétés dites à tort primitives (puisqu'elles sont secondes, et plus encore à tort premières, puisqu'elles nous sont contemporaines)

 

Mode de production: Moyens: Agriculture, élevage,chasse, cueillette, pêche. Surplus: très variable, mais très supérieur au stade précédent) solidarité du groupe ou des parents (anciens, enfants) consommation collective, statut plus élevé

 

Structure sociale:évolutive, variée, complexes. Pas de classes. Division du travail selon sexe, âge et apparition de nombreux travailleurs spécialisés (potiers, métallurgistes, tisserand). Pouvoir politique réduit, élitiste (uniquement les hommes, critères de parenté, d'âge, de statut, de surplus). Apparition chez certains de la propriété héréditaire des moyens de production et par là du système patriarcal et lignager.

 

Culture: Mythes et rituels

 

Cycles sociaux: très liés aux catastrophes climatiques (inondation, sécheresses) entraînant la refondation ailleurs. On peut sans doute le décrire ainsi: 1 propriété collective et partage des surplus > 2 propriété familiale non héréditaire (chef de famille) > 3 propriété héréditaire > 4 crise ou mécanisme d'auto-conservation > 5 retour à la 1re étape.

 

Équilibre et attraction: équilibre faible, surtout aux stades 3 et 4. Attraction généralement faible, sauf lors de certaines évolution climatique (les sociétés du 1er stade perdent leu moyens de substances) ou pour les sociétés de 3e stade en crise.


Accroissement et expansion: même chose que le 1er stade, mais plus fréquent.

Évolution interne vers le 3e stade: diminution de "l'espace vital", spécialisation externe (ex: groupes de chasseurs, d'éleveurs) et échanges croissants (bois par ex) qui fait entrer le village dans une collectivité de village, situation transitoire vers le 3e stade)

Retours au stade antérieur: exceptionnel, sous pression externe (voir certaines tribus amazoniennes, je crois)


3e stade:
Les Chefferies nomades et sédentaires  (le terme de chefferie est utilisé dans un terme nettement plus large que l'usage traditionnel (voir lexique)) apparition vers 5e, 4e millénaire avant notre ère)

 

Mode de production: Moyens: Agriculture, élevage, pêche. Surplus: outre les usages antérieurs, servent aux mécanismes d'autoconservation: fêtes en l'honneur des chefs et parentés; grandes constructions (mégalithes, pyramides, statues géantes (cf Pâques),etc..),; formation d'un clergé et d'une ébauche d'état; clientélisme.

 

Structure sociale: Division du travail identique au stade précédent, mais accrue. Société de classes élémentaires, d'origine lignagère (pouvoir politique), savante (prêtres, pouvoir technocratique), voire économique (les hommes riches) Système des trois fonctions (cf Dumézil), non limité aux indo-européens, et généralement hiérarchisé en pouvoir politique (guerrier, lignage) -pouvoir technocratique (prêtres) et, loin derrière, pouvoir économique tendant à se transformer en pouvoir politique. ou aux mains des deux autres pouvoirs. Système centralisé centripète (cf tributs) On va vers le chef, qui exerce peu de pouvoir direct sur les groupes inférieurs, hors situations de crise.

 

Culture: outre les précédents, épopées et grande fêtes rituelles.

 

Cycles sociaux:  1 établissement d'une structure hiérarchique forte (symbolisée par le rôle intermédiaire de la caste dominante entre le peuple et les "ancêtres") 2 Extraction interne du surplus (rôle fondamental de l'endettement) 3 Extraction externe (butin de guerres) 4 Lorsque la 3e étape a atteint ses limites géographiques, crises, révoltes, luttes entre lignages ou pouvoirs politiques et technocratique. 5 Victoire d'un des lignages, surplus pris aux vaincus, qui permettent le retour à la 1re étape.

 

Équilibre et attraction: équilibre fort aux étapes 1, 2 et 3, par la capacité à intégrer des sociétés des stades précédents, du même stade, voire du stade supérieur en situation de faiblesse.  Mais grand déséquilibre à la 4e. Attraction forte donc, (sous forme de conquête, protection, etc.) Néanmoins, la capacité de vaincre des sociétés du 4e stade conduit en réalité à s'y intégrer à terme (cf peuples d'Asie centrale vis-à-vis de la Chine, de la Perse,de l'Inde, aztèques vis-à-vis des sociétés étatiques méso-américaines)


Accroissement et expansion: devenu une nécessité suite aux mécanismes d'autoconservation. Expansion démographique à la 2e étape, expansion par conquête à la 3e. L'explosion démographique, entamée au stade précédent, mais se déployant alors, n'a comme équivalent dans l'histoire humaine que l'explosion démographique des débuts des sociétés industrielles.

Évolution interne vers le 4e stade: Les mécanismes d'autoconservation (légitimation par les prêtres); la protection, la surveillance des tributs, le développement d'une armée de conquête, la lutte contre les pouvoirs (lignages)  concurrents, etc., entraîne un accroissement du pouvoir central, et l'apparition de "fonctionnaires" en tous genres.

Retours au stade antérieur: fréquents vers le 2e stade, lorsque la tentative de retour à la 1re étape échoue. ou sous pression externe.

4e stade:
Les états agricoles: ils renvoient essentiellement à ce que l'on nommait les "grandes civilisations" de l'Antiquité. Apparus vers la fin du IIe millénaire avant notre ère, ils disparaissent entre les XVIe et XIXe siècles.

 

Mode de production: Moyens: Agriculture, élevage, pêche, artisanat. Surplus: outre les usages antérieurs, ils servent avant tout au renforcement de l’État, des classes dominantes, des capacités guerrières, du développement des forces productives, selon les diverses étapes du cycle.

 

Structure sociale: Société de classes. Classes dominantes: 1 Le lignage régnant. Appartient en réalité à la fois aux deux classes dominantes, d'où l’affirmation de n'appartenir à aucune, d'être d'une autre nature (divine), marquée par des mariages endogamiques ou avec des lignages régnants d'autres sociétés de même stade) 2 Les grands propriétaires terriens: d'autres lignages du groupe initial, lignages de sociétés vaincues et intégrées, branches cadettes du lignage régnant. 3 Les hauts fonctionnaires (prêtres, gouverneurs (par ex: satrapes perses). Le pouvoir économique essentiellement aux mains des pouvoirs précédents, (mais voir 5e étape du cycle et évolution interne).

Système centralisé centrifuge (taxes et impôts, réduits au départ; organisation d'une partie de la production, etc..) vis-à-vis des sujets, surtout les plus faibles. Système centralisé centripète vis-à-vis des sociétés vaincues non intégrées et autres "clients" extérieurs.

 

Culture: la subdivision culturelle selon les classes, sans doute déjà présentes bien auparavant, apparaît au grand jour: Système mythologique pour les prêtres, épopées pour les "grands", (et donc les deux pour le lignage dominant); sociétés initiatiques pour les artisans (et qui vont donner naissance à la Gnose); mythes et légendes populaires.

 

Cycles sociaux:  1 Centralisation du pouvoir dans les mains d'un lignage dominant, établissement d'un système économique et administratif centralisé 2 Conquêtes externes  3 Lorsque la 2e étape a atteint ses limites géographiques: affaiblissement du pouvoir central (indépendance croissante des pouvoirs locaux, appropriation des biens de l’État par les autres classes, mais contre-balancés en partie par le développement d'un commerce d’État etc. 4 Division de l’État central en divers états locaux 5 Concurrence entre ces états pour rétablir le pouvoir central, conduisant à des conquêtes locales et au développement d'un commerce privé 6 Rétablissement de l'unité antérieure, élargie par les conquêtes de la 5e étape, généralement au profit d'une société locale marginale (cf Perses, Grecs, Romains pour le monde perso-méditterranéen; Tang et Mandchous en Chine; Incas au Pérou etc.)

 

Équilibre et attraction: équilibre stable faible, vu le passage relativement rapide d'une étape à l'autre du cycle, et la succession de cycles dans chacune des grandes civilisation, mais équilibre dynamique fort, par la capacité à intégrer les crises dans un processus de développement général (voir 3e et 5e étape). Pouvoir d'attraction fort, par la grande capacité d'intégration, en particulier des élites dominantes des sociétés des 3e et 4e stades, ce qui permet parfois un accroissement pacifique.


Accroissement et expansion: l'accroissement externe est accru (voir 2e et 5e étapes). Toujours une nécessité suite aux mécanismes d'autoconservation. D'où la dénomination fréquente du terme "empire".

Évolution interne vers le 4e stade: La répétition des cycles permet l'accroissement du commerce, et la 5e étape voit croître la classe marchande, qui survit généralement au retour à la 1re étape, son soutien étant essentiel aux lignages locaux pour l'emporter. D'autre part, le commerce n'est pas géographiquement aussi limité que les conquêtes et le clientélisme externe.

Retour aux stades antérieurs: réduit, par la capacité à intégrer ces stades antérieurs (2e et 3e) mais nullement négligeable. Fréquents en Afrique, où les limites géographiques sont fortes, on le retrouve aussi à la fin de l'Empire Maya; ou en Europe après les invasions des IV-IXe siècles.

5e stade:
Les sociétés marchandes:
Même si des ébauches de sociétés marchandes sont nombreuses, les véritables sociétés marchandes sont rares, marginales ou très provisoires avant un retour au 4e stade, et sont rapidement absorbées par le 6e stade, les sociétés industrielles.Si on peut discuter du cas du monde arabe dans les premiers temps de la conquête, les seules véritables sociétés marchandes sont la Chine du XI au XIIIe siècle; l'Europe du XVI-XVIIe au XIXe siècle,et l'Inde aux XVIII-XIXe siècle, sous une forme très particulière, dépendant des rapports de force entre pouvoirs locaux et la compagnie des Indes britannique. Cete rareté rend plus difficile et plus spéculatives l'établissement de ses caractéristiques. Les exemples sont essentiellement pris en Europe. J'en ajouterai ultérieurement pour la Chine.

Mode de production: Moyens: Commerce,Manufactures, Agriculture, élevage. Surplus: outre les usages antérieurs, ces surplus ont des usages variés selon qu'ils soient étatiques, seigneuriaux ou marchands. Les surplus de l’État servent: 1 à établir le moyen de contrôler la classe marchande 2 à lui donner les moyens de son expansion (routes, protections diverses, unification des poids et mesures, etc.) 3 A assurer la soumission des travailleurs sans passer par les anciennes classes. Les surplus marchands servent: 1 à entreprendre des échanges commerciaux lointains, les plus rentables, mais les plus risqués, 2 à soumettre par des prêts les artisans et manufacturiers 3 à transformer ce pouvoir économique en un pouvoir politique, en se transformant en propriétaires terriens, en achetant des charges administratives, etc. 4 à clientéliser les couches inférieures (artistes, maîtres-artisans, intellectuels, etc.) 5 A investir dans la production, mais seulement dans la 3e étape du cycle. Les surplus des grands propriétaires terriens servent 1 à développer les forces productives agricoles (outils, techniques diverses) pour leur permettre de profiter de l'expansion marchande. 2 Par le caractère plus stable de ce surplus, face à l'incertitude des revenus marchands, à attirer ceux-ci 3 A accaparer de manière nouvelle les pouvoirs de l’État (ex achat de charge, parlement, etc.)

 

Structure sociale: Société de classes. Classes dominantes: 1 Les grands propriétaires terriens, qui sont les premiers bénéficiaires de l'expansion commerciale 2 La classe marchande 3 Le lignage dominant, qui perd son caractère divin, le renforcement de l’État bénéficiant à toutes les classes. Il garde l'illusion d'un pouvoir absolu (voir Louis XIV) par le rôle de force d'équilibre entre les deux autres classes. 4 Le clergé devient un acteur secondaire, ne gardant du pouvoir que par ses liaisons variables selon les contextes avec les autres classes.

Système centralisé centrifuge: large augmentation des taxes et impôts,  source majeure des révoltes populaires à ces époques. En butte plus qu'à d'autres stades aux forces centripètes des deux autres classes dominantes.

 

Culture: la segmentation culturelle des stades antérieurs tend à disparaître par la diffusion de la culture. Imprimerie, perte du monopole religieux par l’Église catholique en Europe, par le clergé bouddhiste en Chine. Séparation accrue par contre, entre la culture rationaliste (philosophes, préscientifiques, théologiens) et la culture "imaginative", art, roman, etc. Avec pour corollaire destruction des cultures locales et populaires (chasse aux sorcières, notamment) Culture synthétique qui, tout en se réclamant de l'Antiquité (renouveau du taoïsme et du confucianisme en Chine) commence le grand renversement qui va faire du nouveau, du moderne une valeur supérieure à l'ancien, à l'encontre de toutes les cultures passées. Ce mouvement aboutit au mythe du progrès et au mythe symétrique de la décadence.

 

Cycles sociaux:  1 Développement du commerce sous la dépendance de l’État et des autres classes  2 Indépendance accrue de la classe marchande 3 Développement des manufactures et des forces productives urbaines 4 Crise économique profitant aux classes aux revenus les plus stables: l’État qui peut compenser ses pertes en augmentant les charges et les propriétaires terriens. 5 Crises politiques, lutte ouverte entre les classes et grande rebellions populaires 6 Remise en ordre du pouvoir royal et retour à la 1re étape (Colbert)

 

Équilibre et attraction: équilibre stable faible, vu les retours au 4e stade (en Chine avec la conquête mongole au XIIIe siècle, ou après les grandes révoltes du XIX siècle (Taiping, Nian) équilibre dynamique faible aussi, puisqu'il entraîne un passage au 6e stade.De même, pouvoir d'attraction faible, les sociétés de 4e et 6e stade pouvant les intégrer, alors que l’affaiblissement dû aux 4e et 5e étape (crises et rébellions)  nuit au mouvement inverse..


Accroissement et expansion: l'accroissement externe est accru (voir 2e et 5e étapes). Toujours une nécessité suite aux mécanismes d'autoconservation. D'où la dénomination fréquente du terme "empire".

Évolution interne vers le 6e stade: La répétition des cycles permet l'accroissement du commerce, et la 5e étape voit croître la classe marchande, qui survit généralement au retour à la 1re étape, son soutien étant essentiel aux lignages locaux pour l'emporter. D'autre part, le commerce n'est pas géographiquement aussi limité que les conquêtes et le clientélisme externe.

Retour aux stades antérieurs: réduit, par la capacité à intégrer ces stades antérieurs (2e et 3e) mais nullement négligeable. Fréquents en Afrique, où les limites géographiques sont fortes, on le retrouve aussi à la fin de l'Empire Maya; ou en Europe après les invasions des IV-IXe siècles.


6e stade:
La société industrielle:
Le  singulier dit toute l'originalité de ce stade, même si les conséquences seront surtout étudiées lorsque l'on mettra en rapport le niveau local et le niveau général. Il y a plusieurs états industriels, il n'y a qu'une société industrielle. On pouvait, dès les début du 1er millénaire parler d'économie mondiale, centrée sur les rives de l'Océan Indien, se prolongeant sur celles de la Mer de chine et de la Méditerranée Les facteurs de cette unité sont multiples, mais l'essnetiel est que l'Etat, entré en scène au4e stade, ne joue plus, directement qu'un rôle mineur, du point de vue global, pour la classe dominante, gardant un rôle majeur, accru depuis les années 30 au niveau local.

 

Mode de production: Moyens: Industrie, Commerce, Agriculture, élevage. Surplus: outre les usages antérieurs, fortement réduits, sauf l'unité des poids et mesures, et les protections de tout ordre, le surplus étatique 1 permet de développer les forces de production (transports, développement technologique, formation des travailleurs, etc) au profit de la bourgeoisie industrielle. 2 à partir des années 30 se développe une économie de guerre qui va se prolonger après 1945 en économie de guerre en temps de paix, renforcé par des "grands travaux", afin de tenter de mettre la bourgeoisie industrielle à l'abri des crises de surproduction, et  permet ainsi à cette même bourgeoisie, et indirectement aux autres bourgeoisies, de capter un profit supplémentaire, les impôts soustraits aux classes inférieurs leur étant majoritairement destinés, seul un reliquat revenant à celles-ci sous forme de protection sociale.

Les surplus, on en parlera désormais sous le terme de profits, des bourgeoisies servent: 1  A investir dans les moyens de production 2 A contrôler l’État et les autres classes  (rôle de l'argent dans les élections "démocratique", lobbying, corruption, etc.)

 

Structure sociale: Société de classes. Classes dominantes: 1 Les trois bourgeoisies: industrielle, dominante jusqu'à la crise de production actuelle (des années 70 à nos jours); financière, dont le pouvoir se renforce par le jeu des "bulles spéculatives" qui permettent de reporter certaines crises de surproduction ou d'en étaler les effets dans le temps; la bourgeoisie marchande, qui ne joue plus qu'un rôle secondaire, même si l'accroissement de la concurrence, depuis la crise actuelle, lui rend un peu de couleur.

 

Système décentralisé: Les flux financiers importants qui vont et viennent vers et de l’État  sont soumis aux exigences des bourgeoisies. Là encore, les dernières grandes crises (années 30 et 70) ont renforcé un peu la centralisation locale, mais au niveau mondial, elle est inexsitante. Il en résulte un fonctionnement chaotique qu'ont a encore peine à qualifier de système.

 

Culture: la culture est intégrée au fonctionnement chaotique de la société industrielle. Le versant rationaliste tend vers l'utilitarisme, de plus en plus (voir les choix éducatifs dans les pays européens) et le versant imaginatif se réduit de plus en plus à ne fournir que des produits de consommation, de plus en plus soumis à une approche rationaliste dévoyée (conceptuel, etc), plus apte à l'universel, contre le trop singulier de la véritable démarche créatrice.

 

Cycles sociaux:  1 Forte croissance industrielle, ponctuée de crises qui, en éliminant les plus faibles, renforcent le développement de la société 2 Destruction des classes intermédiaires (croissance directe du profit) 3 Croissance externe du profit: impérialisme au 1er stade, développement technologique accru par la suite 4 Crise de surproduction, entraînant des révoltes et tentatives de révolution 5 guerres et autres destructions des forces productives qui permettent de revenir à la 1re étape. 

 

 

Équilibre et attraction: le caractère chaotique (et donc statistique) de la société industrielle ne la rend pas déséquilibrée, au contraire rien de plus stable et attractif qu'un système à l'entropie élevée. Et comme la société industrielle est en apparence "isolée", elle semble destinée à n'aller que vers une société plus désorganisée encore.


Accroissement et expansion: L'expansion des sociétés industrielles, contrairement aux sociétés de classes antérieures, ne repose pas tant sur le besoin de stabiliser le pouvoir de la classe dans son ensemble, mais bien celui des éléments individuels de cette classe. C'est la concurrence entre elles qui rend nécessaire les diverses formes d'expansion: impérialisme du XIX siècle, développement technologique, intégration des forces productives externes (prolétarisation des populations des pays encore au 5e stade). Une société industrielle qui cesse de croître est inévitablement conduit à la faillite à cause de la concurrence de sociétés en croissance.
 
Évolution interne vers un stade ultérieur: la prolétarisation croissante de la population mondiale, selon les mécanismes décrits par Marx, constitue l'un des éléments qui pourrait conduire à une révolution ouvrière. L'autre élément, c'est que l'expansion, sous forme de diminution de salaires réels (intégrant donc la diminution de la protection sociale) menace directement l'existence même de la classe ouvrière, et renforce ses mécanismes d'autoprotection menant à la révolte. Avec pour facteur aggravant, par rapport aux autres classes menacés, que cette classe est la base même du système et que la concentration en un lieu, l'unification des conditions de vie, lui donnent potentiellement une force et une unité redoutable pour cette société. Néanmoins, jusqu'ici, rien de tel ne s'est réalisé de façon durable, et les mécanismes d'autoprotection de la bourgeoisie restent actuellement supérieurs.

Une autre évolution interne, la croissance exponentielle de la production, indispensable à sa survie, menace l'espèce humaine elle-même. Y aura-t-il un 7e stade?

 

PROBLEMATIQUE

Précaution liminaire: l'étude ci-dessus ne répond en aucun cas aux exigences d'une étude académique, même si elle cherche à en satisfaire certaines, ni même d'aucune ambition d'arriver à une conclusion, fut-elle provisoire.

 

Peut-on décrire une histoire universelle ?

Cette ambition, hors de publications grand public souvent dépourvues d'intérêt, a presque complètement déserté le champ des recherches historiques. L' écoles des Annales et certaines tendances du structuralisme n'y ont pas renoncé théoriquement, mais en pratique, et se concentrent sur des aspects partiels, locaux. Seul le marxisme a gardé cette ambition, mais en reste à la version sommaire à peine développée par ses fondateurs. Je ne connais aucune histoire universelle marxiste, ce qui est curieux pour une pensée se définissant comme "matérialiste historique". Les autres écoles affirment l'impossibilité d'une telle histoire (voir bibliographie des problématiques)

Ce renoncement tient à l'échec des tentatives passées, et dépassées. Mais pourquoi cet échec?

Une histoire universelle est forcément schématique: un résumé. Pour qu'elle puisse prétendre à l'universalité, elle doit se fonder sur les invariants découverts par l'histoire comparée, et sur les contraintes, qui ont orienté le déroulement de l’histoire, déroulement qui est l'expression concrète de ces contraintes abstraites. 

Or l'approche académique ne permet pas d'isoler ces invariants, parce qu'elle n'a pas choisi les bons modèles pour cela (voir plus bas) et qu'elle recherche des invariants stricts, alors qu'il ne s'agit jamais que d'homologies relatives, mais signifiantes. Elle n'a jusqu'ici pas identifié correctement les contraintes, pour des raisons variées, mais surtout parce que leur forme abstraite doit s'inspirer avant tout de modèles externes à leur discipline, ce qui va à l'encontre de la spécialisation croissante des domaines de recherches. (voir 2e partie d'Origines, mobiles et chemins de traverse)

D'autre part, l'opposition à l'histoire universelle est plus apparente que réelle. Tout chercheur, que ce soit pour illustrer son propos ou en élargir la portée, tend à replacer ses recherches dans l'ensemble de l'histoire, donc dans les versions anciennes et dépassées, seules à sa disposition.

 

Qui peut décrire une histoire universelle ?

De ce qui précède, on peut voir qu'à mon sens, les spécialistes, les détenteurs du savoir académique sont les moins bien armés pour une telle tâche, même si ce savoir est indispensable, naturellement, à une telle tentative (voir encore Origines, etc.)

 

Existe-t-il des lois de l'histoire ?(Lois, contraintes, limites et attracteurs )

Le marxisme originel ayant cherché source et légitimité dans la physique de son temps, qui dominait le champ scientifique, a employé le terme de "lois".  Une telle vision n'a pus de sens hors(et encore)  de la description de phénomènes élémentaires, propres à la physique. Hors d'elle, le terme de lois tend à disparaître, surtout dans les sciences humaines. On y parle plus volontiers de contraintes et de limites.
Certains chercheurs ont même renoncé au déterminisme, ce reliquat idéaliste dont le marxisme ne s'est pas débarrassé.
La téléologie, autre reliquat maintenu dans le marxisme (cf l'expression roue de l'histoire, la société communiste comme fin, dans les deux sens du terme, but et achèvement de l'histoire) a heureusement déserté le champ des recherches, mais rend plus complexe, à première vue, l'unité de celle-ci.
L'histoire est, dans une première approche, d'abord contingente. Hors de contraintes très générales propres à l'espèce, c'est le déroulement de cette contingence qui engendre de nouvelles contraintes et limites.
Peut-être est-ce une illusion: si la contingence ne concerne que la forme et la temporalité des événements, mais que, tôt ou tard, l'histoire devait être amenée à créer ces limites et contraintes, elle redevient déterministe. Peu importe à ce stade; que les contraintes et limites soient le produit de l'histoire ou l'inverse, ou les deux, elles jouent un rôle fondamental dans l'histoire des sociétés humaines.
Parmi ces limites; les plus importantes sont celles qui se présentent sous forme d'attracteurs.

 

"On peut donner au constat (de l'impossibilité d'une histoire universelle) une tournure plus rigoureuse, en avançant que les histoires humaines sont des systèmes chaotiques à attracteurs contingents. De ce fait, le chaos peut être ordonné seulement après qu'un attracteur se soit imposé, c'est-à-dire à la fin.(Jean Baechler, voir bibliographie des problématiques)


L'attracteur est-il vraiment à la "fin de l'histoire" ou en chacun des stades? Dans ce dernier cas, cet obstacle (Baechler en cite beaucoup d'autres) tombe de lui-même.

Les attracteurs peuvent être définis dans ce contexte historique, comme un cycle de faits causalement liés entre eux, dont le caractère cyclique (voir cycles sociaux dans les schémas) confère au stade qui leur est propre stabilité et attraction, l'attraction consistant à attirer d'autres faits, ou plutôt  des ensembles de faits, (eux-mêmes attracteurs étranges à leur échelle) "proches" de l'attracteur, c'est-dire, dont la probabilité d'entrer dans le cycle est forte. Ce qui entraîne une croissance de l'attraction, capable d'attirer d'autres "sous-attracteurs", voire d'autres attracteurs, des sociétés se trouvant à un stade antérieur ou postérieur.
Il est préférable de parler d'attracteurs étranges", c'est-à-dire d'attracteurs dont le cycle est approximatif, convergent-divergent. On y reviendra.

Est-il légitime de décrire l'histoire des sociétés en "stades"?

Cette notion semble, comme la possibilité d'une histoire universelle, aujourd'hui dépassée et abandonnée. Comme elle, il s'agit là plus d'une apparence, liées à des éachecs passés; Là encore, nombre de chercheurs qui semblent ne pas y faire appel, décrivent l'appartenance des phénomènes observés en l'insérant dans un type particulier de sociétés, qui succède à un autre, et précède éventuellement un troisième. Et ces "types" se rapprochent souvent des stades définis ici, qui apparaissent dans toute histoire comparée entre diverses "civilsations". Là encore, les chercheurs tendent à comparer leurs recherches locales à d'autres, pour en souligner les ressemblances. Renoncer à cela, c'est passer à côté de l'explication des convergences maintes fois soulignées dans le déroulement à long terme des civilisations peu en contact entre elles (monde chinois, perso-méditerranéen et subsaharien; mondes nord, méso- et sud américains) ou pas du tout (les deux ensembles précités) . L'affirmation de ces convergences a néanmoins été souvent critiquées, mais au nom d'une exigence excessive, typique du biais académique et surtout scientifique, qui exige des "preuves", par confusion avec les science dures. Il en résulte que la ressemblance entre la société européenne des XV-XVIes siècle avec le XIe siècle chinois, voire avec les VIIIe-IXe siècles arabes, a amené certains historiens à étendre à ces deux cas le terme de Renaissance, ce qui a été très critiqué. Or, si on lit le descriptif de la culture au 5e stade (in Schémas), on peut se demander s'il ne répond pas précisément aux critères définis pour parler de la Renaissance, alors qu'il correspond au début de ce stade, comme c'est le cas pour la Chine du XIe siècle et l'Europe des XVe-XVIe siècles. Le cas des VIII-IXe siècles arabes est plus ambigu.

D'autre part, la seule alternative est une description continue, évolutive ou événementielle, qui fait l'impasse sur la succession ente longue période de stabilité structurelle, (surtout sensible si cette stabilité est un équilibre dynamique statistique, tels que ceux que produisent les attracteurs étranges), et brève période d'instabilité (révolution, entre autres). Voir, similairement, "la théorie des équilibres ponctués" des néodarwiniens Stephen Jay Gould et Niles Eldredge.

La théorie des 6 stades est-elle vraiment universelle?

On abordera vraiment cette question lorsque l'on étudiera des cas plus particuliers. Le cas de l'Europe, qui en apparence ne correspond pas à ce schéma (où placer la féodalité?) est des plus intéressantes, comme l'Afrique subsharienne pour ces nombreux retours en arrière. Le fait que l'Europe ne soit pas un cas typique explique aussi l'échec des tentatives précédentes, souvent très eurocentrées.
Mais ce caractère universel ne signifie pas que l'on puisse trouver une seule société qui ait suivi de manière régulière ce schéma, qui est présenté comme une évolution interne d'un système fermé pour des besoins de clarté. En réalité, cette universalité s'est surtout accomplie par des interventions externes, une fois survenue la ou les premières évolutions externes, interventions sous diverses formes, mais essentiellement des conquêtes et des soumissions.
L'évolution interne est au début (du 1er au 3e stade) très minoritaire. Mais il suffit qu'une ou plusieurs sociétés l'ait connue, lui permettant d'arriver au stade suivant pour qu'elle se diffuse, ce stade exerçant pour diverses raisons (dont l'accroissement des forces productives, mais pas seulement) une plus forte attraction. Ce ne sera pas le cas du 5e stade (société marchande), d'où les nombreux reculs, compensés par la rapidité du passage au stade suivant.

Quel niveau de l'histoire: Structures,faits (événements), civilisation, économie, rapports sociaux, autres
?
Une description sommaire, comme celle que donnent les schémas, doit aborder tous les niveaux signifiants. Le plus déterminant, cependant, ce sont les cycles sociaux, qui sont des ensembles d'événements soit intégrés à des modes et des rapports de production, soit liés à des structures ou à des cultures (civilisation); Sur ce dernier terme de "civilisations", on reviendra dans les "regards sur l'histoire", à propos des des conceptions braudeliennes.

De quel(s) modèle(s) explicatif(s) s'inspirer pour décrire l'histoire et en isoler les causes les plus importantes?

Les outils explicatifs utilisés dans la recherche historique sont largement insuffisants et expliquent pour une bonne part les échecs des descriptions universelles et par stades.Seuls les outils créés dans les recherches sur l'évolution sont utilisés de manière régulière. Ils sont très utiles, mais au niveau général qui est celui des schémas, la théorie du chaos utilisent les outils les plus performants: attracteurs étranges, cycles-limites, espace de phases, etc. Mais d'autres outils, issus d'autres champs, par exemple en biologie, les effets de seuil, liés au passage de la quantitatif au qualitatif et les processus de feedback.
La nécessité de multiplier les outils tient au caractère complexe des processus socio-historique. Jusqu'ici, l'emploi d'outils issus des "sciences dures" en histoire conduisait à un réductionnisme abusif, mais l'évolution de sciences, avec la croissance de l'intérêt portés aux systèmes complexes, permet d'éviter cet écueil, de même que le recul du déterminisme permet de moins heurté la conception traditionnelle de la liberté individuelle. D'autre part, de tels outils permettent de mieux lutter contre les biais idéologiques inévitables de tout effort historique, et contre le maintien d'une croyance dans le rôle des "grands hommes" et une faible compréhension des rapports entre individus et société.

Qu'en est-il du passage entre les différents stades?
Cela sera étudié plus tard. C'est évidemment essentiel. Une partie de la réponse est sous-entendue dans le rôle des processus internes propres à faire passer un stade donné à un autre stade.(voir schémas)