Les Wikipedius Ayatollus Cretinus sont des êtres étranges, propres à cette région bien connue du monde virtuel, Wikipédia.
Nommés "contributeurs", voire "administrateurs" dans le patois local, ils partagent avec d'autres types de spécimens du monde extérieur, les marxistes et les surréalistes contemporains, ce trait si moderne de se réclamer d'une tradition sans en connaître l'histoire ni en comprendre le sens. D'en appliquer la lettre sans en saisir l'esprit.
Le terme de "correction", que, dans son sens typographique, ils utilisent avec un zèle suspect, et souvent hors de propos, leur est totalement étranger dans son sens de "savoir-vivre", "accueil des nouveaux venus", individus à leurs yeux de nature inférieure et méprisable.
Disposant d'un système de valeurs tout à fait original, ils considèrent qu'un bon article est celui qui mime à la perfection les Saints Commandements du Contributeur Wikipedia.(D'où le terme d'ayatollus dans la dénomination savante) Et non un article mettant des informations inédites ou rares à portée du lecteur moyen.
Ainsi,comme autrefois la crécelle pour le lépreux, la rouelle pour le juif, celui qui manque à la stricte Observance des Saintes Règles Wikipédiennes, se trouve marqué de bandeaux d'infamie, indiquant ses pêchés inexpiables: légère erreur de typographie; non-respect des conventions de style, liens non autorisés, interprétation légèrement laxiste du droit d'auteur, manque de retour aux sources, etc..
Certains spécialistes estiment qu'il faut ranger cette espèce nouvelle et proliférante parmi les parasites. En effet, selon eux, cette espèce se nourrit exclusivement des apports de personnes extérieures (articles, photos, etc.) et leur activité croissante menace d'étouffer toute vie, tout échange non formaté et toute créativité sur ce site désormais à ranger parmi les écosystèmes les plus menacés. Je ne partage pas cet avis*: il y a quelque chose d’irrésistiblement comique dans leur susceptibilité chatouilleuse, et de touchant dans leur incapacité à saisir l'esprit de ce qu'ils entreprennent.
Ils sont un peu énervants, certes. Mais leurs piqûres sont rarement toxiques, elles peuvent même être revivifiantes pour un contributeur en bonne santé.
* Suite à de nouvelles études d’ethnographes plus qualifiés que moi et ayant vécu longtemps au contact de cette intrigante population (voir articles récents sur ma page), je partage désormais l’avis des spécialistes, sans rien changer à mon opinion sur le caractère irrésistiblement comique de ces petites choses.
Pierre Charp