Lâchez les amarres!

De Charp, aux élus et à quelques autres

 

"Ne pas partir bien loin, peut-être, mais tout seul"

Il faut faire attention à ce que l'on pense quand on voyage à flanc de symboles. Cette phrase, trace à peine métamorphosée d'un passage de Cyrano que l'île, ou Belle-île-en-mer, aime abriter, accompagnait mon départ à pieds vers la gare du midi. A mi-chemin, le ciel se couvrait, me rappelant l'oubli d'un vêtement de pluie. On ne part pas pour un tel voyage sans protection. Mes premiers pas furent un faux départ. Je n'étais effectivement pas parti bien loin... Le hasard est "un trickster", décepteur pour Lévi-Strauss, enfant intérieur pour Jung, lutin. Faut pas le prendre au sérieux. Mais cela vaut la peine de l'écouter.

Quand, dans le schéma du voyage initiatique, j'ai souligné le parallèle avec mes paroles ici et là, il va de soi que c'est après-coup que le parallèle s'établit. On ne peut jamais échapper au soupçon de surinterprétation. Car c'est précisément dans ce surplus de sens que nous lui apportons que gît la création symbolique, mais moins épaisse est la couche surinterprétative, plus profonde sera la plaie salvatrice laissée en sillon sur les terres concrètes.

C'est là sans doute la pire erreur de Breton quand il entreprit ces récits de hasard, équivalent surréaliste des récits initiatiques. (voir les textes "L'éveil", et surtout le chapitre V, surréalisme). Le hasard ne doit pas être objectif, mais métaromanesque pour reprendre le terme de Claude Tarnaud, pris aux filets de plus anciens navires, la Marie-Jeanne, le Nautilus. Sans doute est-il le seul des quatre dont je parle dans le texte mis en lien ci-dessus à avoir tenu en plein jour et d'une seule enjambée le regard sur le monde et l'écoute intérieure. Breton, aussi, mais masqué sous l'objectif. Dumont de même, son cas aggravé par l'écran formé entre son aventure personnelle et lui par la figure tutélaire de Breton. Quant à Rodanski, l'écoute était d'une grande richesse, mais le regard distrait.

 

C'est tout. On lâche l'ancre, on peut encore sauter à terre. L'autre bateau, celui des échos, celui des aventures, est déjà parti ce matin, sous sa forme nouvelle d'abord, sous l'ancienne ensuite. J'y suis seul nautonier.

 

Celui-ci partira plus tard, peut-être lesté de quelques bagages que vous lui laisserez, simplement sous forme de commentaires, sur le ton qu'il vous sied. Après, j'appareille. Ce sera le bout du petit matin à l'heure où le vent se lève. N'oubliez pas le vade mecum, cela peut-être utile. Joignez votre voyages au miens si le coeur vous en dit.

A plus.