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04 avril 2017

Aimé Césaire

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Aimé Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe et mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France (Martinique), est un écrivain et homme politique français, à la fois poète, dramaturge, essayiste, et biographe.

Poétique

Au loin le seigneur-vigie feu de brousse sexe levé au bout du petit matin

C'est à toi que je pense, en cette aube d'argile, cette aube de grand vent, de grandes enjambées, toi vigie imputrescible phare turgescent perçant le ciel de la houe de tes mots de la houe de tes reins de la houe de tes chants de mémoires sans retour.

Toi, Aimé, toi Césaire, seigneur: pour ta colère pululante, vieil aède au regard scellé, regard de petit enfant maigre, de petit enfant blême, blême de cette peau muette, de ce linceul sans siècle, de ce labyrinthe de cornes, de cette aube sans nuit, de cette aube qui dégurgite ta voix livide de mangonneau éructant de cris grégeois vers les lentes paleurs blanches du grand large, vers les lentes paleurs blanches lacérées des traînées rouges du sang nègre, les lentes traînées rouges ouvertes précipices sous les pas endormis des sentinelles blanches, ta voix incendiaire des marées, des nuits si longues qu'on y perd ses cris.

Pour tes maladies de peau, ton érysipèle dans la gorge qui fait tonner ton sang, tes mots s'écouler lave dans les champs de coton du verbe blanc, ta lyre nécrophante brisée s'embarquant esclave sur le nautile négrier de l'usage, revenant aède guerrier flamboyant dans les savanes boueuses de Basse-Pointe, dans les savanes boueuses des jambes ouvrières des jambes maternelles au bout du petit matin.

C'est à toi que je pense, à tes cris-sagaie à longue portée, à ta colère-étendard si haute qu'elle brille encore en cette nuit de grande échappée belle, c'est elle étoile rouge que je fais boussole de ce voyage de mots, de rencontres et de signes, elle seule peut me guider là d'où nul esquif de sang blanc ne pourra me ramener à terre, en ce voyage sans retour vers mon pays natal, vers la bouche d'ombre d'où nous sortîmes un soir de grande beuverie aveugle de grandes vomissures un soir dont je n'ai nul souvenir un soir qui ne fut peut-être pas.

Pierre Charp

 

Oeuvres

Poésie :

1939 Cahier d'un retour au pays natal, Présence africaine, Paris, 1956.

1946 Les Armes miraculeuses, Gallimard, Paris, 1970

1947 Soleil cou coupé, Éditions K., Paris, 1948

1950 Corps perdu (gravures de Picasso), Éditions Fragrance, Paris, 1950

1960 Ferrements, Seuil, Paris, 1960, 1991

1961 Cadastre, Seuil, Paris, 1961

1982 Moi, laminaire, Seuil, Paris, 1982



Théâtre :

1958 Et les chiens se taisaient, Présence africaine, Paris, 1958, 1997

1963 La Tragédie du roi Christophe, Présence africaine, Paris, 1963, 1993

1966 Une saison au Congo, Seuil, Paris, 1966, 2001

1969 Une Tempête, d'après La Tempête de William Shakespeare : adaptation pour un théâtre nègre, Seuil, Paris, 1969, 1997



Essais :

1950 Discours sur le colonialisme, éditions Réclame, Paris, 1950 ; éditions Présence africaine, 1955

1962 Toussaint Louverture, La révolution Française et le problème colonial, Présence africaine, Paris

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Wikipedius Ayatollus Cretinus (WAC)

Les Wikipedius Ayatollus Cretinus sont des êtres étranges, propres à cette région bien connue du monde virtuel, Wikipédia.
Nommés "contributeurs", voire "administrateurs" dans le patois local, ils partagent avec d'autres types de spécimens du monde extérieur, les marxistes et les surréalistes contemporains, ce trait si moderne de se réclamer d'une tradition sans en connaître l'histoire ni en comprendre le sens. D'en appliquer la lettre sans en saisir l'esprit.
Le terme de "correction", que, dans son sens typographique, ils utilisent avec un zèle suspect, et souvent hors de propos, leur est totalement étranger dans son sens de "savoir-vivre", "accueil des nouveaux venus", individus à leurs yeux de nature inférieure et méprisable.
Disposant d'un système de valeurs tout à fait original, ils considèrent qu'un bon article est celui qui mime à la perfection les Saints Commandements du Contributeur Wikipedia.(D'où le terme d'ayatollus dans la dénomination savante) Et non un article mettant des informations inédites ou rares à portée du lecteur moyen.
Ainsi,comme autrefois la crécelle pour le lépreux, la rouelle pour le juif, celui qui manque à la stricte Observance des Saintes Règles Wikipédiennes, se trouve marqué de bandeaux d'infamie, indiquant ses pêchés inexpiables: légère erreur de typographie; non-respect des conventions de style, liens non autorisés, interprétation légèrement laxiste du droit d'auteur, manque de retour aux sources, etc..
Certains spécialistes estiment qu'il faut ranger cette espèce nouvelle et proliférante parmi les parasites. En effet, selon eux, cette espèce se nourrit exclusivement des apports de personnes extérieures (articles, photos, etc.) et leur activité croissante menace d'étouffer toute vie, tout échange non formaté et toute créativité sur ce site désormais à ranger parmi les écosystèmes les plus menacés. Je ne partage pas cet avis*: il y a quelque chose d’irrésistiblement comique dans leur susceptibilité chatouilleuse, et de touchant dans leur incapacité à saisir l'esprit de ce qu'ils entreprennent.
Ils sont un peu énervants, certes. Mais leurs piqûres sont rarement toxiques, elles peuvent même être revivifiantes pour un contributeur en bonne santé.
* Suite à de nouvelles études d’ethnographes plus qualifiés que moi et ayant vécu longtemps au contact de cette intrigante population (voir articles récents sur ma page), je partage désormais l’avis des spécialistes, sans rien changer à mon opinion sur le caractère irrésistiblement comique de ces petites choses.
Pierre Charp

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Histoire des sociétés (Schéma Général)

L'histoire des sociétés humaines peut se décrire en six stades, (ou équilibres dynamiques, ou cycles-limites, ou attracteurs étranges, voir lexique)

 

1er stade:

Les groupes de chasseurs-cueilleurs (environ 19/20e de l'histoire humaine, de  - 200 000 à -8 000, voire jusqu'à nos jours, très exceptionnellement)

 

Mode de production: Moyens: chasse, cueillette, pêche. Surplus: faible, solidarité du groupe (anciens, enfants) consommation immédiate (sauf lors de l'apparition de travailleurs spécialisés, prêtres (savant, médecins, tailleurs de silex); permet l'accès à un statut plus élevé

 

Structure sociale: très évolutive, très variée, aboutissant à des systèmes très complexes. Pas de classes. Division du travail selon sexe. Pouvoir politique très réduit, élitiste (uniquement les hommes, critères de parenté, d'âge, de statut)

 

Culture: mythes et rituels

 

Cycles sociaux: très liés au cycles saisonniers, au semi-nomadisme, aux variations du milieu. Ces sociétés sont très adaptatives, d'où leur variété.

 

Équilibre et attraction: très équilibré. Faible force d'attraction.

 

Accroissement et expansion: rare. L'expansion se fait par la division du groupe: un autre groupe issu d'un conflit, ou d'un choix  face à une situation de crise alimentaire, s'éloigne du 1er. C'est vraisemblablement le moteur de la lente conquête des autres continents à partir de l'Afrique.

 

Évolution interne vers le 2e stade: l'exploitation accrue des ressources locales (évolution technique, accumulation des savoirs) conduit à la sédentarisation.

 

2e stade:

Les villages agricoles  et groupes d'éleveurs (apparus vers - 8000, jusqu'à nos jours en forte périphérie : concerne la plupart des sociétés dites à tort primitives (puisqu'elles sont secondes, et plus encore à tort premières, puisqu'elles nous sont contemporaines)

 

Mode de production: Moyens: Agriculture, élevage,chasse, cueillette, pêche. Surplus: très variable, mais très supérieur au stade précédent) solidarité du groupe ou des parents (anciens, enfants) consommation collective, statut plus élevé

 

Structure sociale:évolutive, variée, complexes. Pas de classes. Division du travail selon sexe, âge et apparition de nombreux travailleurs spécialisés (potiers, métallurgistes, tisserand). Pouvoir politique réduit, élitiste (uniquement les hommes, critères de parenté, d'âge, de statut, de surplus). Apparition chez certains de la propriété héréditaire des moyens de production et par là du système patriarcal et lignager.

 

Culture: Mythes et rituels

 

Cycles sociaux: très liés aux catastrophes climatiques (inondation, sécheresses) entraînant la refondation ailleurs. On peut sans doute le décrire ainsi: 1 propriété collective et partage des surplus > 2 propriété familiale non héréditaire (chef de famille) > 3 propriété héréditaire > 4 crise ou mécanisme d'auto-conservation > 5 retour à la 1re étape.

 

Équilibre et attraction: équilibre faible, surtout aux stades 3 et 4. Attraction généralement faible, sauf lors de certaines évolution climatique (les sociétés du 1er stade perdent leu moyens de substances) ou pour les sociétés de 3e stade en crise.


Accroissement et expansion: même chose que le 1er stade, mais plus fréquent.

Évolution interne vers le 3e stade: diminution de "l'espace vital", spécialisation externe (ex: groupes de chasseurs, d'éleveurs) et échanges croissants (bois par ex) qui fait entrer le village dans une collectivité de village, situation transitoire vers le 3e stade)

Retours au stade antérieur: exceptionnel, sous pression externe (voir certaines tribus amazoniennes, je crois)


3e stade:
Les Chefferies nomades et sédentaires  (le terme de chefferie est utilisé dans un terme nettement plus large que l'usage traditionnel (voir lexique)) apparition vers 5e, 4e millénaire avant notre ère)

 

Mode de production: Moyens: Agriculture, élevage, pêche. Surplus: outre les usages antérieurs, servent aux mécanismes d'autoconservation: fêtes en l'honneur des chefs et parentés; grandes constructions (mégalithes, pyramides, statues géantes (cf Pâques),etc..),; formation d'un clergé et d'une ébauche d'état; clientélisme.

 

Structure sociale: Division du travail identique au stade précédent, mais accrue. Société de classes élémentaires, d'origine lignagère (pouvoir politique), savante (prêtres, pouvoir technocratique), voire économique (les hommes riches) Système des trois fonctions (cf Dumézil), non limité aux indo-européens, et généralement hiérarchisé en pouvoir politique (guerrier, lignage) -pouvoir technocratique (prêtres) et, loin derrière, pouvoir économique tendant à se transformer en pouvoir politique. ou aux mains des deux autres pouvoirs. Système centralisé centripète (cf tributs) On va vers le chef, qui exerce peu de pouvoir direct sur les groupes inférieurs, hors situations de crise.

 

Culture: outre les précédents, épopées et grande fêtes rituelles.

 

Cycles sociaux:  1 établissement d'une structure hiérarchique forte (symbolisée par le rôle intermédiaire de la caste dominante entre le peuple et les "ancêtres") 2 Extraction interne du surplus (rôle fondamental de l'endettement) 3 Extraction externe (butin de guerres) 4 Lorsque la 3e étape a atteint ses limites géographiques, crises, révoltes, luttes entre lignages ou pouvoirs politiques et technocratique. 5 Victoire d'un des lignages, surplus pris aux vaincus, qui permettent le retour à la 1re étape.

 

Équilibre et attraction: équilibre fort aux étapes 1, 2 et 3, par la capacité à intégrer des sociétés des stades précédents, du même stade, voire du stade supérieur en situation de faiblesse.  Mais grand déséquilibre à la 4e. Attraction forte donc, (sous forme de conquête, protection, etc.) Néanmoins, la capacité de vaincre des sociétés du 4e stade conduit en réalité à s'y intégrer à terme (cf peuples d'Asie centrale vis-à-vis de la Chine, de la Perse,de l'Inde, aztèques vis-à-vis des sociétés étatiques méso-américaines)


Accroissement et expansion: devenu une nécessité suite aux mécanismes d'autoconservation. Expansion démographique à la 2e étape, expansion par conquête à la 3e. L'explosion démographique, entamée au stade précédent, mais se déployant alors, n'a comme équivalent dans l'histoire humaine que l'explosion démographique des débuts des sociétés industrielles.

Évolution interne vers le 4e stade: Les mécanismes d'autoconservation (légitimation par les prêtres); la protection, la surveillance des tributs, le développement d'une armée de conquête, la lutte contre les pouvoirs (lignages)  concurrents, etc., entraîne un accroissement du pouvoir central, et l'apparition de "fonctionnaires" en tous genres.

Retours au stade antérieur: fréquents vers le 2e stade, lorsque la tentative de retour à la 1re étape échoue. ou sous pression externe.

4e stade:
Les états agricoles: ils renvoient essentiellement à ce que l'on nommait les "grandes civilisations" de l'Antiquité. Apparus vers la fin du IIe millénaire avant notre ère, ils disparaissent entre les XVIe et XIXe siècles.

 

Mode de production: Moyens: Agriculture, élevage, pêche, artisanat. Surplus: outre les usages antérieurs, ils servent avant tout au renforcement de l’État, des classes dominantes, des capacités guerrières, du développement des forces productives, selon les diverses étapes du cycle.

 

Structure sociale: Société de classes. Classes dominantes: 1 Le lignage régnant. Appartient en réalité à la fois aux deux classes dominantes, d'où l’affirmation de n'appartenir à aucune, d'être d'une autre nature (divine), marquée par des mariages endogamiques ou avec des lignages régnants d'autres sociétés de même stade) 2 Les grands propriétaires terriens: d'autres lignages du groupe initial, lignages de sociétés vaincues et intégrées, branches cadettes du lignage régnant. 3 Les hauts fonctionnaires (prêtres, gouverneurs (par ex: satrapes perses). Le pouvoir économique essentiellement aux mains des pouvoirs précédents, (mais voir 5e étape du cycle et évolution interne).

Système centralisé centrifuge (taxes et impôts, réduits au départ; organisation d'une partie de la production, etc..) vis-à-vis des sujets, surtout les plus faibles. Système centralisé centripète vis-à-vis des sociétés vaincues non intégrées et autres "clients" extérieurs.

 

Culture: la subdivision culturelle selon les classes, sans doute déjà présentes bien auparavant, apparaît au grand jour: Système mythologique pour les prêtres, épopées pour les "grands", (et donc les deux pour le lignage dominant); sociétés initiatiques pour les artisans (et qui vont donner naissance à la Gnose); mythes et légendes populaires.

 

Cycles sociaux:  1 Centralisation du pouvoir dans les mains d'un lignage dominant, établissement d'un système économique et administratif centralisé 2 Conquêtes externes  3 Lorsque la 2e étape a atteint ses limites géographiques: affaiblissement du pouvoir central (indépendance croissante des pouvoirs locaux, appropriation des biens de l’État par les autres classes, mais contre-balancés en partie par le développement d'un commerce d’État etc. 4 Division de l’État central en divers états locaux 5 Concurrence entre ces états pour rétablir le pouvoir central, conduisant à des conquêtes locales et au développement d'un commerce privé 6 Rétablissement de l'unité antérieure, élargie par les conquêtes de la 5e étape, généralement au profit d'une société locale marginale (cf Perses, Grecs, Romains pour le monde perso-méditterranéen; Tang et Mandchous en Chine; Incas au Pérou etc.)

 

Équilibre et attraction: équilibre stable faible, vu le passage relativement rapide d'une étape à l'autre du cycle, et la succession de cycles dans chacune des grandes civilisation, mais équilibre dynamique fort, par la capacité à intégrer les crises dans un processus de développement général (voir 3e et 5e étape). Pouvoir d'attraction fort, par la grande capacité d'intégration, en particulier des élites dominantes des sociétés des 3e et 4e stades, ce qui permet parfois un accroissement pacifique.


Accroissement et expansion: l'accroissement externe est accru (voir 2e et 5e étapes). Toujours une nécessité suite aux mécanismes d'autoconservation. D'où la dénomination fréquente du terme "empire".

Évolution interne vers le 4e stade: La répétition des cycles permet l'accroissement du commerce, et la 5e étape voit croître la classe marchande, qui survit généralement au retour à la 1re étape, son soutien étant essentiel aux lignages locaux pour l'emporter. D'autre part, le commerce n'est pas géographiquement aussi limité que les conquêtes et le clientélisme externe.

Retour aux stades antérieurs: réduit, par la capacité à intégrer ces stades antérieurs (2e et 3e) mais nullement négligeable. Fréquents en Afrique, où les limites géographiques sont fortes, on le retrouve aussi à la fin de l'Empire Maya; ou en Europe après les invasions des IV-IXe siècles.

5e stade:
Les sociétés marchandes:
Même si des ébauches de sociétés marchandes sont nombreuses, les véritables sociétés marchandes sont rares, marginales ou très provisoires avant un retour au 4e stade, et sont rapidement absorbées par le 6e stade, les sociétés industrielles.Si on peut discuter du cas du monde arabe dans les premiers temps de la conquête, les seules véritables sociétés marchandes sont la Chine du XI au XIIIe siècle; l'Europe du XVI-XVIIe au XIXe siècle,et l'Inde aux XVIII-XIXe siècle, sous une forme très particulière, dépendant des rapports de force entre pouvoirs locaux et la compagnie des Indes britannique. Cete rareté rend plus difficile et plus spéculatives l'établissement de ses caractéristiques. Les exemples sont essentiellement pris en Europe. J'en ajouterai ultérieurement pour la Chine.

Mode de production: Moyens: Commerce,Manufactures, Agriculture, élevage. Surplus: outre les usages antérieurs, ces surplus ont des usages variés selon qu'ils soient étatiques, seigneuriaux ou marchands. Les surplus de l’État servent: 1 à établir le moyen de contrôler la classe marchande 2 à lui donner les moyens de son expansion (routes, protections diverses, unification des poids et mesures, etc.) 3 A assurer la soumission des travailleurs sans passer par les anciennes classes. Les surplus marchands servent: 1 à entreprendre des échanges commerciaux lointains, les plus rentables, mais les plus risqués, 2 à soumettre par des prêts les artisans et manufacturiers 3 à transformer ce pouvoir économique en un pouvoir politique, en se transformant en propriétaires terriens, en achetant des charges administratives, etc. 4 à clientéliser les couches inférieures (artistes, maîtres-artisans, intellectuels, etc.) 5 A investir dans la production, mais seulement dans la 3e étape du cycle. Les surplus des grands propriétaires terriens servent 1 à développer les forces productives agricoles (outils, techniques diverses) pour leur permettre de profiter de l'expansion marchande. 2 Par le caractère plus stable de ce surplus, face à l'incertitude des revenus marchands, à attirer ceux-ci 3 A accaparer de manière nouvelle les pouvoirs de l’État (ex achat de charge, parlement, etc.)

 

Structure sociale: Société de classes. Classes dominantes: 1 Les grands propriétaires terriens, qui sont les premiers bénéficiaires de l'expansion commerciale 2 La classe marchande 3 Le lignage dominant, qui perd son caractère divin, le renforcement de l’État bénéficiant à toutes les classes. Il garde l'illusion d'un pouvoir absolu (voir Louis XIV) par le rôle de force d'équilibre entre les deux autres classes. 4 Le clergé devient un acteur secondaire, ne gardant du pouvoir que par ses liaisons variables selon les contextes avec les autres classes.

Système centralisé centrifuge: large augmentation des taxes et impôts,  source majeure des révoltes populaires à ces époques. En butte plus qu'à d'autres stades aux forces centripètes des deux autres classes dominantes.

 

Culture: la segmentation culturelle des stades antérieurs tend à disparaître par la diffusion de la culture. Imprimerie, perte du monopole religieux par l’Église catholique en Europe, par le clergé bouddhiste en Chine. Séparation accrue par contre, entre la culture rationaliste (philosophes, préscientifiques, théologiens) et la culture "imaginative", art, roman, etc. Avec pour corollaire destruction des cultures locales et populaires (chasse aux sorcières, notamment) Culture synthétique qui, tout en se réclamant de l'Antiquité (renouveau du taoïsme et du confucianisme en Chine) commence le grand renversement qui va faire du nouveau, du moderne une valeur supérieure à l'ancien, à l'encontre de toutes les cultures passées. Ce mouvement aboutit au mythe du progrès et au mythe symétrique de la décadence.

 

Cycles sociaux:  1 Développement du commerce sous la dépendance de l’État et des autres classes  2 Indépendance accrue de la classe marchande 3 Développement des manufactures et des forces productives urbaines 4 Crise économique profitant aux classes aux revenus les plus stables: l’État qui peut compenser ses pertes en augmentant les charges et les propriétaires terriens. 5 Crises politiques, lutte ouverte entre les classes et grande rebellions populaires 6 Remise en ordre du pouvoir royal et retour à la 1re étape (Colbert)

 

Équilibre et attraction: équilibre stable faible, vu les retours au 4e stade (en Chine avec la conquête mongole au XIIIe siècle, ou après les grandes révoltes du XIX siècle (Taiping, Nian) équilibre dynamique faible aussi, puisqu'il entraîne un passage au 6e stade.De même, pouvoir d'attraction faible, les sociétés de 4e et 6e stade pouvant les intégrer, alors que l’affaiblissement dû aux 4e et 5e étape (crises et rébellions)  nuit au mouvement inverse..


Accroissement et expansion: l'accroissement externe est accru (voir 2e et 5e étapes). Toujours une nécessité suite aux mécanismes d'autoconservation. D'où la dénomination fréquente du terme "empire".

Évolution interne vers le 6e stade: La répétition des cycles permet l'accroissement du commerce, et la 5e étape voit croître la classe marchande, qui survit généralement au retour à la 1re étape, son soutien étant essentiel aux lignages locaux pour l'emporter. D'autre part, le commerce n'est pas géographiquement aussi limité que les conquêtes et le clientélisme externe.

Retour aux stades antérieurs: réduit, par la capacité à intégrer ces stades antérieurs (2e et 3e) mais nullement négligeable. Fréquents en Afrique, où les limites géographiques sont fortes, on le retrouve aussi à la fin de l'Empire Maya; ou en Europe après les invasions des IV-IXe siècles.


6e stade:
La société industrielle:
Le  singulier dit toute l'originalité de ce stade, même si les conséquences seront surtout étudiées lorsque l'on mettra en rapport le niveau local et le niveau général. Il y a plusieurs états industriels, il n'y a qu'une société industrielle. On pouvait, dès les début du 1er millénaire parler d'économie mondiale, centrée sur les rives de l'Océan Indien, se prolongeant sur celles de la Mer de chine et de la Méditerranée Les facteurs de cette unité sont multiples, mais l'essnetiel est que l'Etat, entré en scène au4e stade, ne joue plus, directement qu'un rôle mineur, du point de vue global, pour la classe dominante, gardant un rôle majeur, accru depuis les années 30 au niveau local.

 

Mode de production: Moyens: Industrie, Commerce, Agriculture, élevage. Surplus: outre les usages antérieurs, fortement réduits, sauf l'unité des poids et mesures, et les protections de tout ordre, le surplus étatique 1 permet de développer les forces de production (transports, développement technologique, formation des travailleurs, etc) au profit de la bourgeoisie industrielle. 2 à partir des années 30 se développe une économie de guerre qui va se prolonger après 1945 en économie de guerre en temps de paix, renforcé par des "grands travaux", afin de tenter de mettre la bourgeoisie industrielle à l'abri des crises de surproduction, et  permet ainsi à cette même bourgeoisie, et indirectement aux autres bourgeoisies, de capter un profit supplémentaire, les impôts soustraits aux classes inférieurs leur étant majoritairement destinés, seul un reliquat revenant à celles-ci sous forme de protection sociale.

Les surplus, on en parlera désormais sous le terme de profits, des bourgeoisies servent: 1  A investir dans les moyens de production 2 A contrôler l’État et les autres classes  (rôle de l'argent dans les élections "démocratique", lobbying, corruption, etc.)

 

Structure sociale: Société de classes. Classes dominantes: 1 Les trois bourgeoisies: industrielle, dominante jusqu'à la crise de production actuelle (des années 70 à nos jours); financière, dont le pouvoir se renforce par le jeu des "bulles spéculatives" qui permettent de reporter certaines crises de surproduction ou d'en étaler les effets dans le temps; la bourgeoisie marchande, qui ne joue plus qu'un rôle secondaire, même si l'accroissement de la concurrence, depuis la crise actuelle, lui rend un peu de couleur.

 

Système décentralisé: Les flux financiers importants qui vont et viennent vers et de l’État  sont soumis aux exigences des bourgeoisies. Là encore, les dernières grandes crises (années 30 et 70) ont renforcé un peu la centralisation locale, mais au niveau mondial, elle est inexsitante. Il en résulte un fonctionnement chaotique qu'ont a encore peine à qualifier de système.

 

Culture: la culture est intégrée au fonctionnement chaotique de la société industrielle. Le versant rationaliste tend vers l'utilitarisme, de plus en plus (voir les choix éducatifs dans les pays européens) et le versant imaginatif se réduit de plus en plus à ne fournir que des produits de consommation, de plus en plus soumis à une approche rationaliste dévoyée (conceptuel, etc), plus apte à l'universel, contre le trop singulier de la véritable démarche créatrice.

 

Cycles sociaux:  1 Forte croissance industrielle, ponctuée de crises qui, en éliminant les plus faibles, renforcent le développement de la société 2 Destruction des classes intermédiaires (croissance directe du profit) 3 Croissance externe du profit: impérialisme au 1er stade, développement technologique accru par la suite 4 Crise de surproduction, entraînant des révoltes et tentatives de révolution 5 guerres et autres destructions des forces productives qui permettent de revenir à la 1re étape. 

 

 

Équilibre et attraction: le caractère chaotique (et donc statistique) de la société industrielle ne la rend pas déséquilibrée, au contraire rien de plus stable et attractif qu'un système à l'entropie élevée. Et comme la société industrielle est en apparence "isolée", elle semble destinée à n'aller que vers une société plus désorganisée encore.


Accroissement et expansion: L'expansion des sociétés industrielles, contrairement aux sociétés de classes antérieures, ne repose pas tant sur le besoin de stabiliser le pouvoir de la classe dans son ensemble, mais bien celui des éléments individuels de cette classe. C'est la concurrence entre elles qui rend nécessaire les diverses formes d'expansion: impérialisme du XIX siècle, développement technologique, intégration des forces productives externes (prolétarisation des populations des pays encore au 5e stade). Une société industrielle qui cesse de croître est inévitablement conduit à la faillite à cause de la concurrence de sociétés en croissance.
 
Évolution interne vers un stade ultérieur: la prolétarisation croissante de la population mondiale, selon les mécanismes décrits par Marx, constitue l'un des éléments qui pourrait conduire à une révolution ouvrière. L'autre élément, c'est que l'expansion, sous forme de diminution de salaires réels (intégrant donc la diminution de la protection sociale) menace directement l'existence même de la classe ouvrière, et renforce ses mécanismes d'autoprotection menant à la révolte. Avec pour facteur aggravant, par rapport aux autres classes menacés, que cette classe est la base même du système et que la concentration en un lieu, l'unification des conditions de vie, lui donnent potentiellement une force et une unité redoutable pour cette société. Néanmoins, jusqu'ici, rien de tel ne s'est réalisé de façon durable, et les mécanismes d'autoprotection de la bourgeoisie restent actuellement supérieurs.

Une autre évolution interne, la croissance exponentielle de la production, indispensable à sa survie, menace l'espèce humaine elle-même. Y aura-t-il un 7e stade?

 

PROBLEMATIQUE

Précaution liminaire: l'étude ci-dessus ne répond en aucun cas aux exigences d'une étude académique, même si elle cherche à en satisfaire certaines, ni même d'aucune ambition d'arriver à une conclusion, fut-elle provisoire.

 

Peut-on décrire une histoire universelle ?

Cette ambition, hors de publications grand public souvent dépourvues d'intérêt, a presque complètement déserté le champ des recherches historiques. L' écoles des Annales et certaines tendances du structuralisme n'y ont pas renoncé théoriquement, mais en pratique, et se concentrent sur des aspects partiels, locaux. Seul le marxisme a gardé cette ambition, mais en reste à la version sommaire à peine développée par ses fondateurs. Je ne connais aucune histoire universelle marxiste, ce qui est curieux pour une pensée se définissant comme "matérialiste historique". Les autres écoles affirment l'impossibilité d'une telle histoire (voir bibliographie des problématiques)

Ce renoncement tient à l'échec des tentatives passées, et dépassées. Mais pourquoi cet échec?

Une histoire universelle est forcément schématique: un résumé. Pour qu'elle puisse prétendre à l'universalité, elle doit se fonder sur les invariants découverts par l'histoire comparée, et sur les contraintes, qui ont orienté le déroulement de l’histoire, déroulement qui est l'expression concrète de ces contraintes abstraites. 

Or l'approche académique ne permet pas d'isoler ces invariants, parce qu'elle n'a pas choisi les bons modèles pour cela (voir plus bas) et qu'elle recherche des invariants stricts, alors qu'il ne s'agit jamais que d'homologies relatives, mais signifiantes. Elle n'a jusqu'ici pas identifié correctement les contraintes, pour des raisons variées, mais surtout parce que leur forme abstraite doit s'inspirer avant tout de modèles externes à leur discipline, ce qui va à l'encontre de la spécialisation croissante des domaines de recherches. (voir 2e partie d'Origines, mobiles et chemins de traverse)

D'autre part, l'opposition à l'histoire universelle est plus apparente que réelle. Tout chercheur, que ce soit pour illustrer son propos ou en élargir la portée, tend à replacer ses recherches dans l'ensemble de l'histoire, donc dans les versions anciennes et dépassées, seules à sa disposition.

 

Qui peut décrire une histoire universelle ?

De ce qui précède, on peut voir qu'à mon sens, les spécialistes, les détenteurs du savoir académique sont les moins bien armés pour une telle tâche, même si ce savoir est indispensable, naturellement, à une telle tentative (voir encore Origines, etc.)

 

Existe-t-il des lois de l'histoire ?(Lois, contraintes, limites et attracteurs )

Le marxisme originel ayant cherché source et légitimité dans la physique de son temps, qui dominait le champ scientifique, a employé le terme de "lois".  Une telle vision n'a pus de sens hors(et encore)  de la description de phénomènes élémentaires, propres à la physique. Hors d'elle, le terme de lois tend à disparaître, surtout dans les sciences humaines. On y parle plus volontiers de contraintes et de limites.
Certains chercheurs ont même renoncé au déterminisme, ce reliquat idéaliste dont le marxisme ne s'est pas débarrassé.
La téléologie, autre reliquat maintenu dans le marxisme (cf l'expression roue de l'histoire, la société communiste comme fin, dans les deux sens du terme, but et achèvement de l'histoire) a heureusement déserté le champ des recherches, mais rend plus complexe, à première vue, l'unité de celle-ci.
L'histoire est, dans une première approche, d'abord contingente. Hors de contraintes très générales propres à l'espèce, c'est le déroulement de cette contingence qui engendre de nouvelles contraintes et limites.
Peut-être est-ce une illusion: si la contingence ne concerne que la forme et la temporalité des événements, mais que, tôt ou tard, l'histoire devait être amenée à créer ces limites et contraintes, elle redevient déterministe. Peu importe à ce stade; que les contraintes et limites soient le produit de l'histoire ou l'inverse, ou les deux, elles jouent un rôle fondamental dans l'histoire des sociétés humaines.
Parmi ces limites; les plus importantes sont celles qui se présentent sous forme d'attracteurs.

 

"On peut donner au constat (de l'impossibilité d'une histoire universelle) une tournure plus rigoureuse, en avançant que les histoires humaines sont des systèmes chaotiques à attracteurs contingents. De ce fait, le chaos peut être ordonné seulement après qu'un attracteur se soit imposé, c'est-à-dire à la fin.(Jean Baechler, voir bibliographie des problématiques)


L'attracteur est-il vraiment à la "fin de l'histoire" ou en chacun des stades? Dans ce dernier cas, cet obstacle (Baechler en cite beaucoup d'autres) tombe de lui-même.

Les attracteurs peuvent être définis dans ce contexte historique, comme un cycle de faits causalement liés entre eux, dont le caractère cyclique (voir cycles sociaux dans les schémas) confère au stade qui leur est propre stabilité et attraction, l'attraction consistant à attirer d'autres faits, ou plutôt  des ensembles de faits, (eux-mêmes attracteurs étranges à leur échelle) "proches" de l'attracteur, c'est-dire, dont la probabilité d'entrer dans le cycle est forte. Ce qui entraîne une croissance de l'attraction, capable d'attirer d'autres "sous-attracteurs", voire d'autres attracteurs, des sociétés se trouvant à un stade antérieur ou postérieur.
Il est préférable de parler d'attracteurs étranges", c'est-à-dire d'attracteurs dont le cycle est approximatif, convergent-divergent. On y reviendra.

Est-il légitime de décrire l'histoire des sociétés en "stades"?

Cette notion semble, comme la possibilité d'une histoire universelle, aujourd'hui dépassée et abandonnée. Comme elle, il s'agit là plus d'une apparence, liées à des éachecs passés; Là encore, nombre de chercheurs qui semblent ne pas y faire appel, décrivent l'appartenance des phénomènes observés en l'insérant dans un type particulier de sociétés, qui succède à un autre, et précède éventuellement un troisième. Et ces "types" se rapprochent souvent des stades définis ici, qui apparaissent dans toute histoire comparée entre diverses "civilsations". Là encore, les chercheurs tendent à comparer leurs recherches locales à d'autres, pour en souligner les ressemblances. Renoncer à cela, c'est passer à côté de l'explication des convergences maintes fois soulignées dans le déroulement à long terme des civilisations peu en contact entre elles (monde chinois, perso-méditerranéen et subsaharien; mondes nord, méso- et sud américains) ou pas du tout (les deux ensembles précités) . L'affirmation de ces convergences a néanmoins été souvent critiquées, mais au nom d'une exigence excessive, typique du biais académique et surtout scientifique, qui exige des "preuves", par confusion avec les science dures. Il en résulte que la ressemblance entre la société européenne des XV-XVIes siècle avec le XIe siècle chinois, voire avec les VIIIe-IXe siècles arabes, a amené certains historiens à étendre à ces deux cas le terme de Renaissance, ce qui a été très critiqué. Or, si on lit le descriptif de la culture au 5e stade (in Schémas), on peut se demander s'il ne répond pas précisément aux critères définis pour parler de la Renaissance, alors qu'il correspond au début de ce stade, comme c'est le cas pour la Chine du XIe siècle et l'Europe des XVe-XVIe siècles. Le cas des VIII-IXe siècles arabes est plus ambigu.

D'autre part, la seule alternative est une description continue, évolutive ou événementielle, qui fait l'impasse sur la succession ente longue période de stabilité structurelle, (surtout sensible si cette stabilité est un équilibre dynamique statistique, tels que ceux que produisent les attracteurs étranges), et brève période d'instabilité (révolution, entre autres). Voir, similairement, "la théorie des équilibres ponctués" des néodarwiniens Stephen Jay Gould et Niles Eldredge.

La théorie des 6 stades est-elle vraiment universelle?

On abordera vraiment cette question lorsque l'on étudiera des cas plus particuliers. Le cas de l'Europe, qui en apparence ne correspond pas à ce schéma (où placer la féodalité?) est des plus intéressantes, comme l'Afrique subsharienne pour ces nombreux retours en arrière. Le fait que l'Europe ne soit pas un cas typique explique aussi l'échec des tentatives précédentes, souvent très eurocentrées.
Mais ce caractère universel ne signifie pas que l'on puisse trouver une seule société qui ait suivi de manière régulière ce schéma, qui est présenté comme une évolution interne d'un système fermé pour des besoins de clarté. En réalité, cette universalité s'est surtout accomplie par des interventions externes, une fois survenue la ou les premières évolutions externes, interventions sous diverses formes, mais essentiellement des conquêtes et des soumissions.
L'évolution interne est au début (du 1er au 3e stade) très minoritaire. Mais il suffit qu'une ou plusieurs sociétés l'ait connue, lui permettant d'arriver au stade suivant pour qu'elle se diffuse, ce stade exerçant pour diverses raisons (dont l'accroissement des forces productives, mais pas seulement) une plus forte attraction. Ce ne sera pas le cas du 5e stade (société marchande), d'où les nombreux reculs, compensés par la rapidité du passage au stade suivant.

Quel niveau de l'histoire: Structures,faits (événements), civilisation, économie, rapports sociaux, autres
?
Une description sommaire, comme celle que donnent les schémas, doit aborder tous les niveaux signifiants. Le plus déterminant, cependant, ce sont les cycles sociaux, qui sont des ensembles d'événements soit intégrés à des modes et des rapports de production, soit liés à des structures ou à des cultures (civilisation); Sur ce dernier terme de "civilisations", on reviendra dans les "regards sur l'histoire", à propos des des conceptions braudeliennes.

De quel(s) modèle(s) explicatif(s) s'inspirer pour décrire l'histoire et en isoler les causes les plus importantes?

Les outils explicatifs utilisés dans la recherche historique sont largement insuffisants et expliquent pour une bonne part les échecs des descriptions universelles et par stades.Seuls les outils créés dans les recherches sur l'évolution sont utilisés de manière régulière. Ils sont très utiles, mais au niveau général qui est celui des schémas, la théorie du chaos utilisent les outils les plus performants: attracteurs étranges, cycles-limites, espace de phases, etc. Mais d'autres outils, issus d'autres champs, par exemple en biologie, les effets de seuil, liés au passage de la quantitatif au qualitatif et les processus de feedback.
La nécessité de multiplier les outils tient au caractère complexe des processus socio-historique. Jusqu'ici, l'emploi d'outils issus des "sciences dures" en histoire conduisait à un réductionnisme abusif, mais l'évolution de sciences, avec la croissance de l'intérêt portés aux systèmes complexes, permet d'éviter cet écueil, de même que le recul du déterminisme permet de moins heurté la conception traditionnelle de la liberté individuelle. D'autre part, de tels outils permettent de mieux lutter contre les biais idéologiques inévitables de tout effort historique, et contre le maintien d'une croyance dans le rôle des "grands hommes" et une faible compréhension des rapports entre individus et société.

Qu'en est-il du passage entre les différents stades?
Cela sera étudié plus tard. C'est évidemment essentiel. Une partie de la réponse est sous-entendue dans le rôle des processus internes propres à faire passer un stade donné à un autre stade.(voir schémas)

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Idéologie (de classe)

 

L'idéologie d'une classe se caractérise globalement par un ensemble plus moins construit, plus ou moins conscient, d'idées visant à défendre le rôle social et l'accès au pouvoir de chaque classe, à "défendre ses intérêts", c'est-à-dire à avoir un feedback positif et négatif sur les processus globaux et locaux.

 

PROBLEMATIQUE:

Des erreurs d'identification peuvent provenir :

1 de l'absence d'une idéologie construite, qui amène une classe à s'identifier à l'idéologie d'une autre classe, qui l'utilise donc à ses propres fins

2 de l'attention portée à l'origine sociale des idéologues: erreur absurde puisque l'idéologue appartient la plupart du temps à la classe des intellectuels, qui peuvent, à titre individuel, préférer défendre les intérêts d'une autre classe pour des raisons variées

3  Lorsque cette idéologie est structurée et portée par une organisation (partis politiques, lobbys, etc.), s'intéresser à l'appartenance sociale des membres de cette organisation, alors que celle-ci est aussi déterminée par le temps disponible pour une telle activité, variable selon les classes.

 

Puisqu'une identification correcte suppose que l'idéologie a les caractéristiques définies plus haut (défense des intérêts, etc), deux autres types d'erreurs peuvent apparaître:

4 Mauvaise estimation des intérêts réels d'une classe

5 Proche de 1: ne pas repérer qui est véritablement le bénéficiaire d'une idéologie particulière

6 Dans le désordre actuel, naturel au regard du caractère chaotique de la société présente, mais aussi construit pour masquer cette identification, les idéologies se présentent sous des formes très variées, antagonistes sur des points secondaires, ou même essentiels: dans ce dernier cas, il s'agit d'un mélange, volontaire ou non. Voir à cet égard l'idéologie social-démocrate, qui constitue un cas très intéressant de dissociation  partielle de la défense des intérêts et du feedback.

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Classes sociales

A lire avant: Société

A lire après: Etat, classe ouvrière, bourgeoisie, Idéologie (de classe)

Sous-ensemble de la société regroupant des individus jouant un rôle relativement identique dans l'ensemble des processus sociaux globaux d'autoconservation et de reproduction, (eux-mêmes inscrits dans les processus globaux de l'espèce) mais dont les processus d'autoconservation se distinguent, renforcent et s'opposent aux processus globaux.

L’État (la bureaucratie) est donc lui-même une classe qui agit par feedback sur les processus globaux (voir Pouvoir) Des classes sont dites dominantes, parce que leurs processus d'autoconservation sont renforcés par les processus globaux, entre autres en augmentant leur capacité à utiliser à leur profit les processus propres aux autres classes, particulièrement les processus étatiques. L’État n'est donc que rarement une classe dominante, généralement uniquement lors d'équilibres de force entre des classes antagonistes. 

L'origine des classes provient d'un processus de division (de type cellulaire) à l’œuvre dès les débuts de l'histoire, mais qui ne devient déterminant qu'à partir du 3e stade (voir schéma général de l'histoire des sociétés)

Classes étudiées:

Bourgeoisie industrielle - Bourgeoisie financière - bourgeoisie marchande -classe ouvrière - sans emplois (+/- équivalent au "lumpen proletariat" du jargon marxiste)- État (bureaucratie)- Petite bourgeoisie - Intellectuels - Paysans- Professions libérales (Médecine, droit) - Artisans - Artistes

 

 

Les classes dans le marxisme:

La vision d'une d'une description en classes n'est pas propre au marxisme. Leur rôle dans l'histoire (lutte des classes) est d'origine libérale. Le lien avec l'idéologie est plus marquée dans le marxisme, et c'est de cette idéologie que cette étude est incontestablement la plus proche.

Elle s'en distingue cependant sur des points importants:

D'une part, comme pour la vision de l'histoire, les conceptions des fondateurs du marxisme, Marx et Engels, ont toujours été assez sommaires, et dispersées dans divers ouvrages. Et il me semble qu'aucun développement fécond n'a eu lieu, les critiques (Althusser par exemple) apportant plus d'obscurité que de lumière au concept. La majeure partie du marxisme s'est, comme pour l'histoire, figée, au point de caricaturer les concepts initiaux (voir "petite-bourgeoisie", plus bas)

D'autre part, le marxisme définit une classe par rapport à sa place dans les rapports de production. Même si on ne limitera pas à cela, c'est globalement vrai pour la bourgeoisie industrielle(propriété des moyens de production) et la classe ouvrière (vente de la force de travail), pour d'autres aussi en partie, mais pas pour toutes (intellectuels, bureaucrates, artistes). Le marxisme, surtout après Marx ne se préoccupera que des deux premières classes, d'où sa limitation aux rapports de production, au point d'aboutir, dans sa version caricaturale, la plus répandue, à un raisonnement circulaire: les deux classes ont un rôle prépondérant dans les rapports de production, donc les autres sont négligeables; ces deux classes se distinguent avant tout par les rapports de production, donc toutes les classes se distinguent par les rapports de production. Une telle vision conduit à trois erreurs:

 

1 Si la lutte entre classe ouvrière et bourgeoisie industrielle est la plus importante, son destin dépendra aussi des autres classes. La classe victorieuse est celle qui entraîne le maximum d'autres classes derrière elles. Cette erreur est repoussée en mettant l'accent sur le processus de prolétarisation des autres classes, processus propre à la société industrielle (et qui ne fut jugée comme inactuelle que par ceux qui n'avait qu'une vision occidentale et non globale de l'évolution sociale). Ce processus touche toutes les autres classes, mais pas au point de rendre négligeables leur rôle historique.

2 La bourgeoisie vue comme une seule classe, et non trois (industrielle, financière et marchande) Cela pouvait paraître justifié par leurs intérêts communs, mais la prise en compte de leurs intérêts divergents est indispensable pour comprendre l'évolution historique, passée et  à venir.

3 La petite-bourgeoise est devenue dans le marxisme courant , et cela très tôt après Marx, un fourre-tout conceptuel dépourvu de la moindre rigueur, d'autant que le qualificatif de "petit-bourgeois" est utilisé comme un élément visant à dévaloriser l'adversaire dans les luttes entre les différents courants du marxisme, et particulièrement lié à "l'individualisme". Mais l'individualisme n'est pas propre à une ou plusieurs classes: il est lié à l'absence de conscience de classe, et est aussi fréquent en période de faible lutte dans toutes les classes.

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Pouvoir (Etat, politique)

Le pouvoir, c'est le contrôle des processus étatiques, non des processus globaux, dont le destin est déterminé par des dynamiques cycliques tendant vers l'équilibre,(conservation et reproduction) de nature essentiellement économique et sociale, mais aussi idéologiques. Une classe contrôle l’État, parce que ce contrôle est déterminé par ces dynamiques, et donne l'impression de contrôler la société parce que son utilisation de l’État va dans le sens du renforcement des dynamiques qui lui sont favorables, et dans l'affaiblissement des dynamiques défavorables. Le pouvoir politique n'agit donc pas comme cause initiale, mais par effet-retour, feedback positif ou négatif, à la fois sur les processus globaux, mais aussi sur les processus locaux (propres à chaque classe)

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26 mars 2017

Encyclopedia Novalia

Le blog Imaginales, tombé une nouvelle fois en déshérence, ou jachère, reprend vie comme réceptacle d'articles en construction pour un "Encyclopedia Novalia", à venir, et dont les jalons seront posés dans le groupe FB "Les Wacs et leur écosystème"

Il comprendra aussi des éléments sur les principes et la structure de l'E.N.

Bonne journée à tous.

 

Pierre Charp

PS: Destin des anciens usages du blog

"Les échos antérieurs" seront intégrés, tout ou partie, dans un roman à peine entamé, "Rahul ou les échos antérieurs", dont des extraits paraîtront bientôt sur le blog  "Sang et eaux"

Le contenu premier d'Imaginales" intégrera l'E.N. en tout ou partie.

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Sentiment Océanique

Article tiré du CAI (Wikipedia France), à modifier. Degré 1, Niveau 0.

Notion

L'expression paraît dans une lettre de Romain Rolland à Sigmund Freud le 5 décembre 19271 :

« Mais j'aurais aimé à vous voir faire l'analyse du sentiment religieux spontané ou, plus exactement, de la sensation religieuse qui est (...) le fait simple et direct de la sensation de l'éternel (qui peut très bien n'être pas éternel, mais simplement sans bornes perceptibles, et comme océanique). »

Spinoza

La référence à l'éternel est une allusion à Spinoza, qui recommande de voir les choses « sous l'aspect de l'éternité (sub specie aeternitatis)

« Nous connaissons clairement par là en quoi notre salut, c'est-à-dire notre Béatitude ou notre Liberté consiste ; je veux dire dans un Amour constant et éternel envers Dieu, ou dans l'Amour de Dieu envers les hommes. Cet Amour ou cette Béatitude, est appelé dans les livres sacrés Gloire, non sans raison »

(Éthique, V, proposition 36, scholie).

Freud

Selon Sigmund Freud, qui débattit de cette notion dans son "Malaise dans la civilisation", il n'est pas à l'origine du besoin religieux parce que celui-ci provient plutôt des sentiments de détresse infantile et de désir pour le père, remplacés plus tard par l'angoisse devant la puissance du destin.

Comte-Sponville

Pour André Comte-Sponville, ce sentiment correspond à un état de conscience qui ne relève pas nécessairement de la religion :

« Au fond, c'est ce que Freud décrit comme « un sentiment d'union indissoluble avec le grand Tout, et d'appartenance à l'universel ». Ainsi la vague ou la goutte d'eau, dans l'océan... Le plus souvent, ce n'est qu'un sentiment, en effet. Mais il arrive que ce soit une expérience, et bouleversante, ce que les psychologues américains appellent aujourd'hui un altered state of consciousness, un état modifié de conscience. Expérience de quoi ? Expérience de l'unité, comme dit Swami Prajnanpad : c'est s'éprouver un avec tout. Ce « sentiment océanique » n'a rien, en lui-même, de proprement religieux. J'ai même, pour ce que j'en ai vécu, l'impression inverse : celui qui se sent « un avec le Tout » n'a pas besoin d'autre chose. Un Dieu ? Pour quoi faire ? L'univers suffit. Une Église ? Inutile. Le monde suffit. Une foi ? À quoi bon ? L'expérience suffit. »

Autres

Dans les philosophies ou religions tendant à l'éveil spirituel (Zen,Vedanta, etc.), on trouve fréquemment la comparaison entre l'océan (l'univers) et la vague (l'individu), le sentiment océanique correspondant à une prise de conscience de la nature de l'Être.

« Au-dessous du monde des perceptions sensorielles et de l'activité mentale, il y a l'immensité de l'être. Il y a une vaste étendue, une vaste immobilité, et une petite activité frémissante à la surface, qui n'est pas séparée, tout comme les vagues ne sont pas séparées de l'océan. »

Eckhart Tolle, Le Pouvoir du moment présent, Ariane, 2000

 

 

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Article Sentiment océanique de Wikipédia en français

A lire: Spinoza, Romain Rolland, Freud et le « sentiment océanique »

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24 mars 2017

Savoir (ébauche) D1 N0

Savoir (n.m.)

Sens actif: activité de l'esprit permettant à l'individu de dévorer le monde et d'être dévoré par lui. Il est d'usage, pour le sens actif, de lui préférer "apprendre". Cette préférence est symptomatique d'une pensée moderne amputée de son imaginaire et de sa puissance symbolisante d'une part (confusion savoir/apprendre), et préférant concevoir le savoir comme un acquis plutôt qu'une activité.

Sens passif: produit du sens actif. Proche, dans ce sens, du mot culture, dans son sens individuel, adjectivé en "cultivé". Comme pour le sens actif, l'appauvrissement des moyens de connaissances réduit le concept du savoir à une vision étriquée du savoir rationnel, tandis qu'une conception vraisemblablement erronée de la mémoire comme "lieu" de stockage masque son caractère créatif, très présent dans la dynamique du savoir.

 A développer:

 Parce que le savoir est étroiement liée à la conscience, il est l'un des pôles du fait d'exister, l'autre étant l'agir.

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Alii

Alii:

Philosophe italien de la première Renaissance florentine, aux identités vaporeuses et nomades, connu dans le monde arabe sous le nom d'Ibn Alii. C'est à lui que Rimbaud a emprunté en la modifiant sa célèbre devise: "Je sont des autres". Certains chercheurs avancent l'hypothèse que le poète des Voyelles a rencontré l'un des descendants d'Alii, reconverti dans le trafic d'armes (à comprendre tant sur le plan matériel qu'ésotérique) lors de son séjour dans la Corne de l'Afrique. (P.C.)

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17 février 2017

Sommaire général

Plans du site: Sommaire général /  Vade Mecum / WIP WIP WIP(shanties from the seven seas) (groupe FB)

A venir: Sommaires détaillés des annexes; Sommaire ancien blog "Imaginales"

Articles et liens conseillés: Les échos antérieurs (voir sommaire ci-dessous) /  Le Tour de France: Les 7 stations / Les quatre vies du Phénix ou les cinq stations de la conscience imaginaire / Histoire du surréalisme : I,1 Surréalisme exotérique et ésotérique   /  The dead parrot: Regards sur le phénix (dont: psychanalyse) / Histoire des sociétés : Présentation et sommaire

Articles mis à neuf: Départ du trois-mâts "La gnose désinvolte"

NB: l'ancienne version des "échos antérieurs" est transférée sur le blog Sang et eaux

Les échos antérieurs, roman d'aventures

Prologue

Chapitre I, 1  : Ne pas partir bien loin, mais tout seul

Chapitre I, 2  : Déplacement

Chapitre I, 3  : L'étoile au front

Chapitre II, 1 : Vue sur le port

Chapitre II, 2 : Les six âges de Nahuel et Simia à Ouistreham

Chapitre II, 3 : La dialectique de la séduction

Chapitre II, 4 : Premiers échos

Chapitre II, 5 : Les Anglais ont débarqué

 

Les Trois seigneurs, essai désinvolte et épistolaire

Prologue

Gourou cherche disciples

Un instant de publicité

Pas encore de réponses

A méditer (Premier voyage vers Pau)

La pêche au chalut et à la castagne

Pêche à la fronde

La chute de reins de l'ange Galaade

La pure et l'ange

Nom de Dieu!

Les Aventures de Galaade 1

Les Aventures de Galaade 2

Les Aventures de Galaade 3

Les Aventures de Galaade 4

Pendant ce temps-là dans la clairière de Brocéliande, Morgane et Viviane ...

Chapitre I

Chapitre I, 1: Le départ du Tour de France

Chapitre I, 2: Départ du trois-mâts "La gnose désinvolte"

Chapitre I, 3: Le Triple Vaisseau.

Chapitre I, 4: Wotan et Loki

Chapitre I, 5: Sur le fil

Chapitre II

Chapitre II, 1: Epiphanies

Annexes des deux livres

Le Tour de FranceLes 7 stations Illustrations Extraits de presse

AmersAvertissement Les sept stations de l'initiation

 

Annexes aux Trois Seigneurs

Histoire de la conscience imaginaire : Nouveaux et anciens articles

Les quatre vies du Phénix ou les cinq stations de la conscience imaginaire

Critique litteraire et artistique

The dead parrot of surrealism (blog)

The dead parrot of surrealism (Groupe FB) Le surréalisme est mort. Et après. C'était quoi, en fait?

Le détournement est nécessaire (blog)

Le détournement est nécessaire (Groupe FB) Plagiat, détournement, dérive, hasard objectif, trouvaille, ready-made: les chemins de traverse de l'imaginaire. Forum sous forme d'albums.

Histoire des sociétés: Présentation et sommaire

 

Hors-roman

Fragments

 Retour vers le haut du sommaire

 

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29 avril 2015

Les Trois seigneurs. Chapitre II,1: Epiphanies

"Tout cela doit paraître bien anodin et vain au lecteur. Médiocre épreuve initiatique que cette marche matinale de trois heures le long d'une route. Tel était le drame d'Antoine: voulant s'extraire de ses rêveries, il était allé à la rencontre de la réalité, refusant même d'emporter un appareil photographique, arguant qu'il ne "voulait rien entre le réel et lui". Mais il ne rencontrait que des symboles, des matérialisations de réalités spirituelles, des épiphanies." (Les échos antérieurs I,4, ancienne version)

Telle était la contradiction dans laquelle je m'étais enfermé dès le départ. Sortir de ma coquille, de mes rêveries, cela signifiait pour moi plonger tête première dans le réel: des faits brutaux, des rencontres singulières. Il n'y en eut point. Je m'étais tour à tour placé dans les pas imaginés des anciens compagnons artisans, des quêtes spirituelles. Cela veut dire quoi? "Faire comme si", ce jeu si prégnant de l'enfance que des adultes tentent vainement de retrouver dans le "jeu de rôles".

Mais c'est cela aussi: "Je suis toujours gêné par la tendance de l'époque à la symbolisation. Au Moyen-Âge, il y avait beaucoup plus ce sens du concret, qui est par certains côtés ridicule, parodique; la relique, par exemple, est une chose qu'on touche, qu'on cherche, qu'on achète. C'est ce que le surréalisme a retrouvé d'une certaine manière parce que - c'est pourquoi il m'intéressait beaucoup- il ne se contentait pas de satisfactions symboliques, il cherchait le lieu et la formule, quelque chose qui pouvait changer la vie, mais réellement. Il ne cherchait pas de substituts." (Julien Gracq, Entretiens)

Ce pourquoi, au-delà d'innombrables réserves, je reste indéfectiblement attaché au surréalisme, ce qui est pour moi sa pierre de touche, c'est l'injonction de Breton: "Pratiquer la poésie", qui l'inscrit dans les traces de Nerval et son épanchement du rêve dans la vie réelle, et qui n'a à mon sens pris corps que dans ce "hasard  objectif" si peu pratiqué par le groupe.

"Faire comme si", donner à ses pas un registre symbolique: l'acte paraît gratuit, arbitraire. Il l'est. Ce n'est qu'en l'inscrivant dans le réel, acceptant les conséquences et se laissant emporter, que peut s'ouvrir un peu la vie. La changer? L'oxygéner un peu, comme disait Gracq de ce qu'il advint de l'ambition nodale du surréalisme.

Gracq, encore, forcément: «Pourquoi le sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul –le voyage sans idée de retour– ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière?» (Les Eaux étroites)

S'il est un voyage qui précède celui-ci, c'est celui que j'entrepris, sous l'impulsion de ces premières lignes, sans idée de retour, à 19 ou 20 ans. Bruxelles-Paris. Gare d'Orléans. Premier train au hasard.. Orléans, la Sologne. Déjà, je n'étais pas parti bien loin. Trois jours de marche, trois nuits bancales (baraque en bord de forêt, tour de guet de chasse, grange à foin) et je rentrai chez moi, après quelques jours à Paris, où s'ouvrirent les portes du hasard. Là encore, piètre aventure. Ici trois nuits, là trois heures de marche. Pour l'amateur d'émotions fortes et d'aventures à risques, cela tient de l'indécence. Pas de grand écart, juste un pas de côté. Ce sens du concret, nécessaire à l'expérience imaginaire, n'a guère besoin de plus.

Faire passer l'imaginaire dans le réel, c'est à la mode. Il est commun aujourd'hui d'inviter à "réaliser ses fantasmes". Triste époque. Déjà que les fantasmes ne sont souvent qu'un imaginaire congelé. De la "fantaisie", dirait dédaigneusement Corbin, perdant de vue que l'imaginaire et l'imaginal sont à l'origine de même nature que la "fantaisie" qui en est simplement la version très appauvrie, desséchée. Mais ce qui marque surtout la pauvreté de l'imaginaire contemporain, c'est l'invite à  "réaliser", autrement dire à copier dans le réel le fait fantasmé, sans aucune transposition, sans ce travail de métamorphose qui est précisément le mode imaginaire, travail sans lequel la rencontre essentielle entre réel et imaginaire n'a pas lieu, puisque l'un ne s'affirme qu'en niant l'autre.

Ce travail nécessite un savoir-faire. Mais un savoir-faire qui est avant tout lacher de bride. La transposition se produit presque hors de soi, dans le faisceau d'étincelles partant du réel et du rêve, et se heurtant au fil de la conscience. La découverte du port d'Ouistreham m'a fait penser que ce sont de tels instants qui ont fait naître la figure mythique de la "Révélation", en des époques où les voyages était autrement plus longs et plus risqués. Voir enfin sa destination prendre corps, au détour d'une route, c'est se sentir sauvé, c'est se sentir de retour "chez soi", dans une nouvelle patrie qui fait écho à l'ancienne. Car le port de Ouistreham en cet instant, ce sont toutes les figures de la quête: la révélation muette de l'Instant premier, le sentiment du retour en soi de la nostalgie, la libération des prisons de l'autre monde (passage d'une route hostile à un chemin accueillant), la quête elle-même qui en un instant s'initie et s'achève.(S'initie: c'est le vrai début du voyage; s'achève: c'est la fin des épreuves), rencontre avec le double: le port de Ouistreham, et le salut.

Le salut, vraiment? Non, c'est là une surinterprétation propre aux temps religieux, aux illusions anciennes, dont le romantisme et le surréalisme n'ont su pleinement se défaire. La plaie reste ouverte, ainsi que le rappelle l'extrait en début de chapitre. On ne revient jamais au paradis perdu. Mais on s'en fait un compagnon de voyage.

 

 

Étang de Sologne

 

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27 avril 2015

Les Trois seigneurs. Chapitre I, 5: Sur le fil

De Charp aux Apôtres, 23 avril

(extrait) Je vous ai préparé douze cartes d'identité, indispensables pour le voyage.

De Charp aux Apôtres, 25 avril

Toujours rien?

Soit.

Je comptais rompre les fils de ces mails. Surtout pas. 

J'ai besoin de l'autres, même absent, même vide. Le ton est pris, pas à déprendre.

Celui-ci devait être le dernier collectif. Il n'en sera rien. Pensez à vous désabonner si vous voulez la paix. Moi pas. 

Je viens de relire. Assez content de moi, à deuxième lecture. Plein de cadavres, mes mots surtout. Pas mal d'irréversible. Rien à renier, nul délestage. La bête est chargée, obscure, hérissée. Le pas est lourd, aucun risque d'envol, j'ai trop besoin de terre. Tout cela est très éclaté. Pas le temps de mettre de l'ordre, le ciel m'attend.

Tout est silence? Pas en moi: cela gronde et roule, cela se déverse hors de vue. Tout un peuple se rassemble.

Où vais-je? Là où je suis. Plus loin, plus bas.

J'en sais un peu plus, mais ailleurs:

Dans le WIP, cette araignée vulgaire qui hante l'Agora virtuel, je me disperse beaucoup: tant de fragments à ramener. Un dernier voyage, ça se soigne. Je parle d'enfances, j'écrase, je trébuche, je m'exhibe. Va-et-vient.

Les "échos" moissonnent un peu: Pierre a eu le premier accès du mal, les suspects d'un crime encore inconnu se multiplient, les silhouettes s'allongent, les fils se tendent. Rien ne m'échappe encore, c'est trop tôt.

Pour  "Les trois Seigneurs", pour vous, mes douze apôtres, ça se complique et ça s'allège. Ceci n'est plus qu'un fragment de l'aventure. Il y aura d'autres mails, bifaces, d'un à un. Le voyage même, ce sera sur le blog.

 A plus tard.

 ***

Le voilà donc, ce voyage. Après le prologue tout d'énigmes brutales et d'invectives obscures, sorte de cris de rappel et d'éveil, hérissé d'une nécéssaire désinvolture qui en assassine le sens, le premier chapitre, tout en initiant le voyage symbolique qui sera le coeur de cet essai désinvolte, déambulatoire, épistolaire et initiatique, a donné l'occasion de transmettre à l'équipage les dernières instructions, ce dont il s'est jusqu'ici totalement désintéressé, comme on le voit dans ma dernière missive ci-dessus.

Ce chapitre a un peu dressé les cartes, toujours prêtes à être rebattues. Il reste à le conclure.

Quels que soient les détours, le coeur de cet essai, c'est l'initiation à la conscience imaginaire. Singulier pari. L'initiateur n'est pas un initié. A l'aube de ce départ, je ressens un peu, les risques sont d'un autre ordre, ce que doivent ressentir les magiciens de foire avant leurs tours, les funambules posant le pied sur la corde, les jongleurs commençant à lancer leurs massues.

Cette conscience imaginaire, je pourrais certes la définir comme le miroir conscient des opérations essentielles de l'imaginaire. C'est l'ombre portée des processus imaginaires, pôle de basse attention des processus psychiques, sur l'autre rive, de haute attention, où se déroulent les opérations rationnelles de la pensée. La conscience, c'est cette ascension de l'attention qui, partant du chaos inconscient, tend à se stabiliser sur certains mots, objets, concepts que les sens peuvent saisir. Au plus bas, la poésie, qui saisit le mot à l'instant où il apparaît, prêt déjà à s'évanouir. Au centre, l'attention quotidienne, flottante, prête à l'envol comme à la chute. C'est sans doute à ce niveau qu'il faut situer la conscience imaginaire. Plus haut, l'attention tenue, vérifiée, soupesée, aboutit aux processus logiques, aux opérations scientifiques qui nécessitent la plus grande stabilité de sens.

Ce terme de "conscience de l'imaginaire", je l'emploie aussi dans "L'histoire de la conscience imaginaire", bien que les quatre à cinq moments de cette histoire eussent été mieux désignés comme "pensées narratives", car il ne s'agit plus ici seulement de conscience, mais d'élaboration, dans l'échange entre pairs, d'un ensemble de repères et de récits valables pour tous.

Cette conscience, est-ce la science des symboles, la langue des oiseaux, les secrets les mieux cachés des plus anciennes traditions? Pas loin: c'est là l'un des paris de cet essai, qui passe par leur désacralisation méthodique, sans pitié aucune pour ces augustes vieillards. Ceux-ci se sont figés en des doctrines variées et ambiguës où ne passent depuis bien longtemps plus aucun souffle poétique et visionnaire. Les lacs de l'initiation prophétique sont gelés. Elle s'épanouissait dans les grottes obscures des rites anciens, s'appuyant sur des techniques précises, des mises en condition qui la coupaient du monde, auquel il allait quand même falloir retourner, car ce retour est l'instant même où la transmutation s'opère.

C'est ailleurs, dans le vent des grandes plaines populeuses, en pleine lumière, qu'il faut désormais étancher sa soif. Avec désinvolture. Le temps, ce grand dessicateur, a fait son oeuvre: il n'y a pas de salut, nous souffle-t-il. Nous n'arriverons à rien. Seules les théologies et leurs descendances ont caché sous les draps trop blancs de l'éternité salvatrice la plaie toujours sanglante de nos quêtes inachevables.

Nulle crainte d'une révélation impropre. Même en plein midi, cette conscience minérale garde intact les cristaux insécables de ses éclats de nuit. Il faut rester à même la source: le bruit du monde, à peine étouffé par la distance.

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25 avril 2015

Classes sociales: origines, pouvoir et idéologie 1: définitions et présentation

Définitions des termes principaux

Articles à consulter éventuellement : Schéma de l'histoire des sociétés 1 et 2; Problématiques du schéma; Lexique de l'histoire des sociétés

 

Classes sociales: sous-ensemble de la société regroupant des individus jouant un rôle relativement identique dans l'ensemble des processus sociaux globaux d'autoconservation et de reproduction, (eux-mêmes inscrits dans les processus globaux de l'espèce) mais dont les processus d'autoconservation se distinguent, renforcent et s'opposent aux processus globaux. L’État (la bureaucratie) est donc lui-même une classe qui agit par feedback sur les processus globaux (voir pouvoir ci-dessous) Des classes sont dites dominantes, parce que leurs processus d'autoconservation sont renforcés par les processus globaux, entre autres en augmentant leur capacité à utiliser à leur profit les processus propres aux autres classes, particulièrement les processus étatiques. L’État n'est donc que rarement une classe dominante, généralement uniquement lors d'équilibres de force entre des classes antagonistes. 

 

L'origine des classes provient d'un processus de division (de type cellulaire) à l’œuvre dès les débuts de l'histoire, mais qui ne devient déterminant qu'à partir du 3e stade (voir schéma général de l'histoire des sociétés)

 

Le pouvoir, c'est le contrôle des processus étatiques, non des processus globaux, dont le destin est déterminé par des dynamiques cycliques tendant vers l'équilibre,(conservation et reproduction) de nature essentiellement économique et sociale, mais aussi idéologiques. Une classe contrôle l’État, parce que ce contrôle est déterminé par ces dynamiques, et donne l'impression de contrôler la société parce que son utilisation de l’État va dans le sens du renforcement des dynamiques qui lui sont favorables, et dans l'affaiblissement des dynamiques défavorables. Le pouvoir politique n'agit donc pas comme cause initiale, mais par effet-retour, feedback positif ou négatif, à la fois sur les processus globaux, mais aussi sur les processus locaux (propres à chaque classe)

 

L'idéologie propre à chaque classe, comme le pouvoir politique, est déterminé par les processus globaux, mais aussi par les processus propres à cette classe. Comme le pouvoir politique, elle a un feedback positif et négatif sur les processus globaux et locaux.

 

 

 

Présentation

L'étude des différentes classes sociales actuelles aura un versant historique: origines et évolutions au cours des différents stades de l'histoire (voir Schéma 1 et 2) et Problématiques du schéma) et actuel: contrôle ou influence sur les processus étatiques; identification et caractéristique de chacune.

 

 

Idéologie de classe

L'idéologie d'une classe se caractérise globalement par un ensemble plus moins construit, plus ou moins conscient, d'idées visant à défendre le rôle social et l'accès au pouvoir de chaque classe, à "défendre ses intérêts", c'est-à-dire à avoir un feedback positif et négatif sur les processus globaux et locaux.

 

Des erreurs d'identification peuvent provenir :

1 de l'absence d'une idéologie construite, qui amène une classe à s'identifier à l'idéologie d'une autre classe, qui l'utilise donc à ses propres fins

2 de l'attention portée à l'origine sociale des idéologues: erreur absurde puisque l'idéologue appartient la plupart du temps à la classe des intellectuels, qui peuvent, à titre individuel, préférer défendre les intérêts d'une autre classe pour des raisons variées

3  Lorsque cette idéologie est structurée et portée par une organisation (partis politiques, lobbys, etc.), s'intéresser à l'appartenance sociale des membres de cette organisation, alors que celle-ci est aussi déterminée par le temps disponible pour une telle activité, variable selon les classes.

 

Puisqu'une identification correcte suppose que l'idéologie a les caractéristiques définies plus haut (défense des intérêts, etc), deux autres types d'erreurs peuvent apparaître, particulièrement dans cette étude:

4 Mauvaise estimation des intérêts réels d'une classe

5 Proche de 1: ne pas repérer qui est véritablement le bénéficiaire d'une idéologie particulière

6 Dans le désordre actuel, naturel au regard du caractère chaotique de la société présente (voir schéma 2) mais aussi construit pour masquer cette identification, les idéologies se présentent sous des formes très variées, antagonistes sur des points secondaires, ou même essentiels: dans ce dernier cas, il s'agit d'un mélange, volontaire ou non. Voir à cet égard l'idéologie social-démocrate, qui constitue un cas très intéressant de dissociation  partielle de la défense des intérêts et du feedback, ce qui m'amènera à la traiter à part, sans doute en fin d'article (3e ou 4e partie, je suppose)

 

 

Les classes dans le marxisme:

La vision d'une d'une description en classes n'est pas propre au marxisme. Leur rôle dans l'histoire (lutte des classes) est d'origine libérale. Le lien avec l'idéologie est plus marquée dans le marxisme, et c'est de cette idéologie que cette étude est incontestablement la plus proche.

Elle s'en distingue cependant sur des points importants:

D'une part, comme pour la vision de l'histoire, les conceptions des fondateurs du marxisme, Marx et Engels, ont toujours été assez sommaires, et dispersées dans divers ouvrages. Et il me semble qu'aucun développement fécond n'a eu lieu, les critiques (Althusser par exemple) apportant plus d'obscurité que de lumière au concept. La majeure partie du marxisme s'est, comme pour l'histoire, figée, au point de caricaturer les concepts initiaux (voir "petite-bourgeoisie", plus bas)

D'autre part, le marxisme définit une classe par rapport à sa place dans les rapports de production. Même si on ne limitera pas à cela, c'est globalement vrai pour la bourgeoisie industrielle(propriété des moyens de production) et la classe ouvrière (vente de la force de travail), pour d'autres aussi en partie, mais pas pour toutes (intellectuels, bureaucrates, artistes). Le marxisme, surtout après Marx ne se préoccupera que des deux premières classes, d'où sa limitation aux rapports de production, au point d'aboutir, dans sa version caricaturale, la plus répandue, à un raisonnement circulaire: les deux classes ont un rôle prépondérant dans les rapports de production, donc les autres sont négligeables; ces deux classes se distinguent avant tout par les rapports de production, donc toutes les classes se distinguent par les rapports de production. Une telle vision conduit à trois erreurs:

 

1 Si la lutte entre classe ouvrière et bourgeoisie industrielle est la plus importante, son destin dépendra aussi des autres classes. La classe victorieuse est celle qui entraîne le maximum d'autres classes derrière elles. Cette erreur est repoussée en mettant l'accent sur le processus de prolétarisation des autres classes, processus propre à la société industrielle (et qui ne fut jugée comme inactuelle que par ceux qui n'avait qu'une vision occidentale et non globale de l'évolution sociale). Ce processus touche toutes les autres classes, mais pas au point de rendre négligeables leur rôle historique.

2 La bourgeoisie vue comme une seule classe, et non trois (industrielle, financière et marchande) Cela pouvait paraître justifié par leurs intérêts communs, mais la prise en compte de leurs intérêts divergents est indispensable pour comprendre l'évolution historique, passée et  à venir.

3 La petite-bourgeoise est devenue dans le marxisme courant , et cela très tôt après Marx, un fourre-tout conceptuel dépourvu de la moindre rigueur, d'autant que le qualificatif de "petit-bourgeois" est utilisé comme un élément visant à dévaloriser l'adversaire dans les luttes entre les différents courants du marxisme, et particulièrement lié à "l'individualisme". Mais l'individualisme n'est pas propre à une ou plusieurs classes: il est lié à l'absence de conscience de classe, et est aussi fréquent en période de faible lutte dans toutes les classes.

 

Classes étudiées ici (étude fragmentaire)

Bourgeoisie industrielle - Bourgeoisie financière - bourgeoisie marchande -classe ouvrière - sans emplois (+/- équivalent au "lumpen proletariat" du jargon marxiste)- État (bureaucratie)- Petite bourgeoisie - Intellectuels - Paysans- Professions libérales (Médecine, droit) - Artisans - Artistes

 

On prendra peut-être le temps d'étudier certaines subdivisions par métiers

Nb: aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est l'étude sur l'histoire de la conscience imaginaire qui m'a poussé à l’éclaircissement de ces concepts. Déterminer l'origine sociale de ces pensées est essentielle pour les comprendre et comprendre leur histoire. Voir ici les trois dernières classes.

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Les échos antérieurs. Chapitre II,5: Les Anglais ont débarqué.

Le soleil, la fatigue, ... Oui, ce doit être cela. Il me faut de l'ombre, des espaces clos, des pensées précises pour me protéger de ce vertige, où j'ai cru définitivement sombrer. Je m'achète un sandwich sur la digue - le ventre vide, oui, cela ne doit pas avoir aidé - et me procure le plan de Ouistreham à l'office du tourisme. J'irai aujourd'hui vers le vieux village qui domine Ouistreham, je garde la pointe du Siège pour demain. Au fil des rues, je me colle aux murs pour y glaner la moindre goutte d'ombre. Place Albert Lemarignier, c'est tout un réservoir qui s'offre à moi: l'imposante église romane Saint-Samson.

Elle est vide. Ouverte et à moi toute entière. Il y a de quoi lire et s'occuper l'esprit: une notice sur un grand panneau installé dans le vaisseau latéral gauche de la nef indique que l'église, construite au XIIe siècle, est consacrée à l'ancien évêque de Dol, le Gallois Samson, mort vers 565. En ce temps-là, dit la notice, les évêques avaient armée et territoires. Ouistreham était l'un des points de passage de l'évêque vers ses possessions normandes. 

Cette époque obscure, d'où provient la matière de Bretagne, était propice à l'imagination. Autodidacte en histoire, Pierre n'avait pas la prudence stérile des historiens formés à l'Université, éternelle ennemie des imaginatifs. L'historien dûment formé ne s'autorise guère à aller au-delà des sources pour donner à voir les individus dans leur épaisseur singulière. Il ne parle que de ce qu'il sait. Pierre, lui, s'invente ce qu'il ignore, s'approchant peut-être ainsi bien plus près de la vérité, fut-ce au risque de lui tourner le dos. Je ne vais pas ici reproduire tout ce qu'il imagina dans l'église sur la vie de Samson, avant de le retranscrire, de retour dans sa chambre de l'Ecailler. Mais, comme on le verra plus loin, il m'est nécessaire d'en faire un bref résumé.

Samson fut l'ennemi de Connomor, le Barbe-bleue breton, contre lequel il appela le roi Childebert Ier. Selon certaines traditions tardives, il parlait la langue des oiseaux, et chassait par sa seule parole les oiseaux destructeurs de récolte. Avait-il eu l'instruction des langues sacrées auprès d'Illtud, à Cor Tewds? Iltud était un Armoricain élève de Germain d'Auxerre, qui partit en Bretagne insulaire, selon certains pour combattre aux côté du roi semi-légendaire Arthur. Ce qui est plus avéré est qu'il fonda le premier établissement éducatif gallois, parfois qualifié de première université britannique, Cor Tewds, au milieu du Ve siècle. Ce lieu comptait sept églises, dotée chacune de sept compagnies, comprenant sept cellules de sept étudiants. Parmi eux, Samson, compté parmi les sept saints fondateurs de Bretagne, qui, receltisée par eux, cessa de s'appeler Armorique. Le nombre sept renforce l'impression d'un savoir ésotérique, mais en Irlande et en Ecosse désigne un sous-clan. Le chiffre repris par les historiens et les mythologues n'est donc peut-être qu'une erreur de traduction.

Pensant au Samson biblique, je m'imagine Samson de Dol comme un homme de haute et large stature, le visage assombri par les méditations solitaires et leur voisinage avec la folie. Envoyé par Iltud pour étendre l'influence de Cor Tewds sur ses terres natales, Samson, fils d'une haute aristocratie galloise, s'entoura d'une petite armée qui n'eut aucune peine à s'établir aux confins de l'Armorique, à Dol, entre les royaumes de Connomor et de Childebert Ier, puis d'acquérir avec l'appui de ce dernier de nombreuses terres normandes, entre autre pour fonder l'abbaye de Pental. En ce temps, l'évêque éloigné des cours royales était le véritable souverain de son évêché, nommant les comtes, rendant justice et protégeant ses fidèles. La formation religieuse de Samson était plutôt une exception en ces temps-là, où l'on passait de comte à évêque comme d'un grade inférieur à supérieur Ce savoir devait renforcer son prestige, parmi une population déjà mêlée de Gallois ayant fui aux siècles précédents les Saxons ou les Pictes. Ayant établi son autorité sur une large région continentale, Samson renforça la puissance de sa famille en Galles, formant un réseau monastique trans-manche qui perdura plus ou moins jusqu'au IXe siècle, quand le souverain de Bretagne, Nominöe, provoqua le schisme breton, révoquant pour simonie plusieurs évêques proches des rois francs.

Qui était donc ce Samson, passé de l'érémitisme le plus exigeant au pouvoir le plus mondain? Pour ses exils spirituels, on parlait d'une grotte, dont il chassa un serpent, et d'îles, Caldey et les îles Scilly. L'une de ces dernières, qui fut sans doute sa brève patrie, porte aujourd'hui son nom. Elle est formée de deux monts jumeaux connectés par un isthme, deux seins surgissant des eaux de la Manche. Qui a-t-il rencontré sur ces îles? On sait que c'est là que s'exilèrent deux partisans de l'ascétique Priscillien, Instantius and Tiberianus. Ce Priscillien, qualifié parfois de gnostique, fut le premier hérétique condamné à mort. On dit que ce sont ses restes, et non ceux de Saint-Jacques, qui gisent à Compostelle, et vers lesquels depuis plusieurs siècles se dirigent des milliers de pèlerins pour les vénérer.

Qu'était Ouistreham alors? Peu de choses sans doute, tout au plus un village de pêcheurs, qui a gardé pour quelqu'obscure raison le souvenir du passage de l'évêque. Peut-être parce que pour s'assurer la traversée de l'Orne, Samson les avait pris sous sa protection, au détriment de quelque village voisin? Surtout en de tels parages qui, depuis l'agonie de l'Empire, avait dû retourner à une vie autarcique, n'étant plus lié qu'aux villages voisins, il fallait pouvoir aller de Dol à Pental, en évitant quelque seigneur ou évêque hostile plus à l'intérieur des terres. Mais peut-être avait-il simplement frappé la mémoire des Ouistrehamais en passant à la tête d'une petite troupe à travers dunes, simple spectacle qui en ces temps avait tout de l'apparition divine....

Cette pensée, comme une rechute, me fait vaciller. Vertige, asphyxie, transpiration, vertige, transpiration, maux de tête. Je me lève, tremblant. Je marche nerveusement vers le transept. Je me calme. Deux vitraux commémorent le débarquement de 1944. Absurde intrusion, qui a au moins le mérite de me ramener définitivement en notre temps. Après tout, je n'ai à m'en prendre qu'à moi-même: est-ce cela que je recherche ici? D'autres lieux pour m'enfermer dans d'autres rêveries? N'ai-je pas trop attendu de ce voyage? Cette impression de salut ressenti à l'approche d'Ouistreham n'aurait-elle été qu'une trop brève illusion? Suis-je condamné à errer sans fin, seul, à travers les âges, tel Isaac Laquedem?

La porte de l'église se referme bruyamment. Je me retourne: personne. On vient de sortir. Qui était caché là? Qu'a-t-il vu? Je me dirige vers la porte, sors de l'église et regarde tout autour: la seule silhouette qui s'éloigne vers le sud d'un pas calme et distrait est celle d'une femme, blonde et maigre, en tenue de jogging, qui me rappelle, malgré sa chevelure, la jeune femme de la pointe du phare. Je retourne vers le port par l'avenue Michel Cabieu. Bientôt, j'aperçois au loin la sombre et forte silhouette courbée d'un homme à la longue chevelure noire et grise disparaissant derrière un coin. Sans savoir pourquoi, j'ai la conviction que cet homme était dans l'église un instant auparavant. Arrivé à l'endroit où il a disparu, cette plaque, contre un mur: "Ici même, dans la nuit du 12 juillet 1762, le sergent garde-côte Michel Cabieu (1730-1804) repoussa seul une attaque anglaise et fut fait général par la Convention".

Arrivé à l'hôtel, je prends possession d'une nouvelle chambre, au premier, juste sous l'autre. Elle donne sur une grande terrasse commune à quatre chambres, au-dessus du bar de la Marine. C'est là que je m'installe, sur une chaise, avec verre de vin et pipe, en écrivant tout ce dont je me souviens de mes réflexions sur Samson de Dol. Évidemment, des réflexions, pas des rêveries: je me suis affolé pour rien.

Lorsque j'en viens à Michel Cabieu, je remarque que Ouistreham vit dans la mémoire des débarquements anglo-saxons: deux réussis, celui de 44 et celui de Samson, et un échec, celui de 1762. Peu importe. Tous trois apportent gloire et fierté à la petite cité balnéaire. Le dernier tend quand même à effacer les autres. Plus récent? Non, plus profitable pour le tourisme. Les jeunes soldats ne sont pas morts pour rien par milliers sur les plages normandes: ils font vivre le petit commerce. Cela me ramène au ferry de tout à l'heure: le débarquement est devenu une activité économique rentable et a lieu deux fois par jour.

En face de moi, un imposant navire rouge passe les écluses et se dirige vers Caen. Un marin, de rouge vêtu lui aussi, s'agite à la proue, sous laquelle est indiqué: www.alpha.lv. Lv: lettonie. Pietr-le-letton est un roman de Simenon, écrit un an avant Le port des brumes, qui se déroule à Ouistreham, et qui a entre autres pour personnages Ernest Grandmaison, propriétaire de la Compagnie de navigation anglo-normande, et Yves Joris, capitaine amnésique du port de Ouistreham. L'homme de la nuit est-il le capitaine du port?

A cet instant, quatre personnes, deux adultes et deux enfants, sortent de la chambre la plus éloignée, à gauche. Ma présence semble les déranger. Faut dire que je n'ai pas le regard amical, ni la pose engageante, affalé sur mon siège, le ventre épais et suant qui prend l'air. Ils hésitent à s'installer, puis disparaissent. Des Anglais. Même sur ma terrasse qu'ils débarquent! Leur passage bruyant a réveillé la belle au bois dormant de la chambre de droite. Elle n'est vêtue que d'une longue chemise d'homme, entr'ouverte sous le cou, et d'une courte chevelure noire. Elle regarde vers les absents, semble à peine me remarquer. Elle promène son regard le long du port, tandis que je promène le mien le long de ses jambes. Elle rentre. Mieux à faire, sans doute. Elle est anglaise, elle? Elle est seule? Sa porte est restée ouverte et j'entends rien. On verra plus tard. Vais faire une sieste.

 

L'île Samson

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